Le riz importé n'est plus taxé. Rien ne dit que les prix vont redescendre.
Le Conseil des ministres du 19 août 2026 a suspendu le droit de douane de 20 % et la TVA de 5 % qui frappaient le riz importé depuis le 23 juillet. Aucune durée n'a été annoncée. En moins d'un mois, la mesure aura fait monter les prix, y compris ceux du riz local qu'elle devait protéger, avant d'être retirée au nom de l'approvisionnement. Retour sur un revirement qui en dit long sur la difficulté d'arbitrer entre la caisse de l'État et l'assiette des ménages.

Qu'a décidé exactement le Conseil des ministres ?
Réuni le mercredi 19 août 2026, le Conseil des ministres a suspendu la perception du droit de douane de 20 % et de la TVA de 5 % sur le riz importé. La décision est portée par le ministère du Commerce et de la Consommation, et a été adoptée par communication verbale. Le motif tient en une phrase : la production locale ne couvre pas encore les besoins du marché, et la période de soudure commence dans un mois.
Deux précisions comptent autant que la décision elle-même. Aucune durée n'a été communiquée : ni date de fin, ni condition de retour à la taxation. Et les importateurs restent tenus de déposer une déclaration préalable auprès du ministère du Commerce. L'État suspend la taxe, pas le contrôle des volumes.
Pourquoi la taxe n'a-t-elle pas tenu un mois ?
Parce qu'elle reposait sur une frontière qui n'existe pas sur l'étal. La mesure visait le « riz de luxe », c'est-à-dire un riz à faible brisure, à 5 % ou moins. Présenté ainsi, le périmètre semblait étroit. Il ne l'était pas : ce grain représente près de 90 % des 800 000 tonnes que Madagascar importe chaque année.
Surtout, ce riz n'a rien d'un produit d'aisance : il se vend entre 2 500 et 2 700 ariary le kilo, quand plusieurs variétés locales dépassaient 3 200 ariary en début d'année. Taxer le riz à faible brisure ne revenait donc pas à viser un signe de richesse, mais l'option de repli des ménages quand le riz malgache devient inabordable — c'est tout le sens de cette catégorie douanière mal nommée.
Trois semaines ont suffi pour que ça se voie. Au 14 août, le sac de 50 kilos de riz importé avait pris 10 000 ariary, passant de 120 000 à 130 000. Et la hausse n'est pas restée cantonnée à l'importé : le makalioka et le diste locaux sont montés de 2 600 à 2 800 ariary le kilo, le manalalondo de 2 700 à 3 000.
Les prix vont-ils redescendre maintenant ?
Rien ne le garantit, et c'est le point qui compte le plus pour un ménage. Une taxe se retire d'un trait de plume ; un prix de détail, lui, redescend rarement aussi vite qu'il est monté. Le grossiste a acheté son stock taxé, le détaillant a ajusté son étiquette, et personne n'a intérêt à revenir en arrière tant que la demande suit.
Le riz local illustre bien ce mécanisme. Il n'a jamais été taxé, mais son prix a suivi celui de l'importé, parce que les deux se disputent le même étal. La suspension retire la cause initiale de la hausse ; elle n'oblige personne à rendre l'écart. Il faudra donc suivre les relevés des prochaines semaines, en gardant à l'esprit que le prix du riz ne se lit pas de la même façon d'une région à l'autre.
Qui perd dans ce revirement ?
Les riziculteurs, d'abord. La taxe leur avait été présentée comme un soutien : en renchérissant le riz importé, elle devait redonner de l'espace commercial au riz malgache, dans un pays qui fait entrer près de 800 000 tonnes par an pendant que ses producteurs peinent à écouler leur récolte. Vingt-sept jours plus tard, cet avantage a disparu, sans qu'aucune contrepartie ne soit annoncée.
L'État perd, lui, en lisibilité. C'est le troisième revirement de cette politique en neuf mois : la taxe avait d'abord été bloquée par les députés lors de l'examen du budget 2026, avant de revenir par le collectif budgétaire de juillet, puis d'être suspendue en août. Pour un importateur comme pour un producteur, l'incertitude sur la règle coûte souvent plus cher que la règle elle-même.
Que devient l'engagement pris auprès du FMI ?
Il se complique. La retaxation du riz s'inscrivait dans un effort plus large de réduction des « dépenses fiscales », c'est-à-dire du manque à gagner que représentent les exonérations pour le budget. Madagascar s'est engagé, dans le cadre de sa facilité élargie de crédit avec le Fonds monétaire international, à en supprimer 280 milliards d'ariary par loi de finances, et visait 290 milliards pour 2026.
Suspendre la taxe rouvre donc une ligne que le budget tenait pour refermée. C'est le cœur de l'arbitrage : le ministère de l'Économie et des Finances défend une trajectoire négociée avec un bailleur, celui du Commerce défend l'approvisionnement de la soudure. Chacun a raison dans son périmètre, et c'est précisément ce qui rend la décision instable.
Que surveiller dans les prochaines semaines ?
Trois choses. Le prix au kilo, local comme importé, pour savoir si la suspension atteint vraiment l'étal ou reste une mesure de papier. Le volume des importations pendant la soudure, que le ministère du Commerce dit vouloir garder sous contrôle malgré la levée des taxes. Et la parution d'un texte encadrant la suspension : une décision prise par communication verbale n'a pas la portée d'un texte réglementaire, et sa durée reste inconnue.
Une question demeure, et elle dépasse ce mois d'août. Le déficit de production qui a justifié ce recul est structurel, pas passager. Tant que la récolte nationale ne couvrira pas les besoins, toute taxe sur le riz importé restera exposée au même arbitrage — et pourra sauter au premier signe de tension sur les prix.


