Madagascar demande au FMI de fermer les yeux sur un écart. Le vote a lieu le 30 septembre.
Le conseil d'administration du FMI examine le dossier de Madagascar le 30 septembre. Le gouvernement y présente une demande de dérogation pour un critère de performance non respecté. Le dossier aurait dû passer en juillet ; il a été reporté à cause d'une décision prise en avril sur le prix du carburant. Voici ce que signifie cette procédure, et ce qu'elle met en jeu.

Que va examiner le FMI le 30 septembre ?
Les troisième et quatrième revues combinées de deux programmes : la Facilité élargie de crédit et la Facilité pour la résilience et la durabilité.
Une revue, c'est un contrôle. Le FMI vérifie que le pays a tenu ses engagements chiffrés avant de verser la tranche suivante.
Cette fois, le dossier comprend aussi une demande de dérogation, pour un critère de performance que Madagascar n'a pas respecté.
Qu'est-ce qu'une dérogation ?
C'est une procédure prévue par les règles du FMI. Quand un pays manque un critère, il peut demander au conseil d'administration de passer outre et de poursuivre le programme.
Ce n'est ni une sanction ni une faveur. Le conseil l'accorde s'il juge l'écart mineur ou temporaire, ou si des mesures correctives ont été prises.
Sans elle, la revue ne peut pas être achevée. Et sans revue achevée, pas de décaissement.
Combien d'argent est en jeu ?
À l'issue de sa mission d'avril, le FMI annonçait un décaissement de 134,4 millions de droits de tirage spéciaux, soit environ 183 millions de dollars, sous réserve de l'approbation du conseil.
Au cours actuel, cela représente environ 790 milliards d'ariary. C'est cette somme qui attend le vote du 30 septembre.
Pourquoi le dossier a-t-il pris trois mois de retard ?
Il devait passer devant le conseil en juillet. Il a été reporté à cause du prix du carburant.
En avril, le gouvernement a suspendu le mécanisme qui ajuste chaque mois le prix à la pompe sur les cours mondiaux. Il craignait d'aggraver l'inflation au moment où la guerre au Moyen-Orient faisait flamber le pétrole.
Le FMI avait prévenu dès sa mission d'avril : cette pause réduisait les ressources de l'État. Il a ensuite demandé des précisions sur les mesures de compensation envisagées.
Le critère manqué est-il celui du carburant ?
Ce n'est pas établi. Ni le gouvernement ni le FMI n'ont rendu public le critère précis visé par la demande de dérogation.
Ce qui l'est : en août, le ministre de l'Économie affirmait que le pays avait rempli la quasi-totalité des critères, la réforme des prix du carburant restant le principal point en suspens.
Le FMI notait par ailleurs en avril que les recettes fiscales étaient nettement en dessous des attentes. Deux points de tension, qui se rejoignent : moins d'argent à la pompe, c'est moins d'argent dans les caisses.
Qui avait raison, le gouvernement ou le FMI ?
Les deux défendaient un intérêt réel. Geler les prix à la pompe protégeait les ménages d'une hausse brutale, pendant plusieurs mois.
Ce gel avait un coût. Chaque litre vendu sous son prix de revient est un écart que quelqu'un paie, et c'est le budget de l'État qui l'absorbe.
Le mécanisme a été rétabli en juillet. La hausse de 200 ariary sur le super, début septembre, en est la première conséquence visible.
Que se passe-t-il si la dérogation est refusée ?
La revue ne serait pas achevée et le décaissement resterait bloqué. Le signal dépasserait le FMI : ses revues servent de repère aux autres bailleurs.
Pour un pays dont le besoin de financement dépasse de loin les recettes, ce repère compte autant que la somme elle-même.
Le rétablissement du mécanisme en juillet donne toutefois au gouvernement un argument concret à présenter le 30 septembre.


