Macro & politique monétaire

La BAD a chiffré ce qu'il manque à Madagascar. C'est trois fois les impôts du pays, chaque année.

La Banque africaine de développement a publié le 15 septembre son rapport pays 2026 sur Madagascar. Il contient un montant annuel, présenté comme le besoin de financement du pays jusqu'en 2030. Personne ne l'a traduit à l'échelle de ce que l'État encaisse, de ce que la diaspora envoie, ou de ce que chaque habitant représente. Une fois traduit, il change de nature.

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Pont sur la route nationale 35, taxi-brousse et pick-up sur une chaussée dégradée
Photo : Diorit / Wikimedia Commons, CC0

Que demande exactement la Banque africaine de développement ?

Elle ne demande rien : elle mesure. Son rapport estime à 7,27 milliards de dollars par an ce que Madagascar devrait mobiliser, chaque année jusqu'en 2030, pour atteindre les Objectifs de développement durable.

Plus de la moitié, 4,1 milliards, irait à l'industrie et aux infrastructures. L'éducation en absorberait 1,7 milliard.

Le rapport donne aussi le chiffre qui compte vraiment : le déficit. Sur ces 7,27 milliards, 7,18 ne sont pas financés.

À quoi ce montant correspond-il à l'échelle du pays ?

À près d'un tiers de tout ce que le pays produit en un an. Le produit intérieur brut de Madagascar tourne autour de 23 milliards de dollars ; le besoin chiffré en représente 31 %.

Ramené à la population, un peu plus de 30 millions d'habitants, cela fait environ un million d'ariary par personne et par an. Nourrissons compris.

L'État peut-il le financer par l'impôt ?

Non, et de loin : les recettes fiscales représentent environ 10,5 % du PIB, soit 2,4 milliards de dollars par an. Le besoin chiffré par la BAD en vaut trois.

Même en rejoignant la moyenne régionale, 15 % du PIB, l'État encaisserait 3,5 milliards. La moitié du chemin, dans le meilleur des cas.

La BAD nomme la cause : le poids de l'informel et une TVA mal collectée. C'est le même diagnostic que celui posé sur les recettes fiscales et la fraude il y a une semaine.

Pourquoi 99 % du besoin n'est-il pas couvert ?

Parce que ce chiffre ne mesure pas ce que l'État dépense. Il mesure ce qui manque entre les moyens actuels et les objectifs signés.

Un déficit de 7,18 sur 7,27 signifie une chose simple. Le pays fonctionne, mais presque rien de ce qu'il faudrait pour atteindre ces objectifs n'est aujourd'hui financé.

Ce n'est donc pas un plan de financement. C'est la mesure d'un écart.

La diaspora peut-elle combler cet écart ?

Le président l'a sollicitée à Bruxelles le 10 septembre, en annonçant une future plateforme d'investissement. Les transferts de la diaspora ont atteint 406 millions de dollars en 2025.

C'est 5,6 % du besoin annuel. Même si chaque ariary envoyé était investi au lieu d'être dépensé, et que les frais de transfert tombaient à zéro, la diaspora resterait très loin du compte.

Où la BAD voit-elle l'argent, alors ?

Dans des poches qu'elle juge sous-exploitées : partenariats public-privé, investisseurs institutionnels, épargne retraite, capital naturel, financements climatiques.

Chacune de ces pistes bute sur le même obstacle.

Une épargne retraite suppose des salariés déclarés, et le taux de salarisation tourne autour de 11 %. Un impôt suppose une activité visible, et neuf travailleurs sur dix sont dans l'informel.

Tous les leviers listés par le rapport mènent au même endroit : faire entrer l'économie réelle dans l'économie comptée.

Que faut-il retenir de ce chiffre ?

Qu'il ne sert à rien de le lire comme un objectif. Trois fois les recettes de l'État, chaque année jusqu'en 2030, ne se trouvent pas.

Il sert à mesurer la distance entre le pays et ses propres engagements. Et à comprendre pourquoi chaque emprunt de l'État, chaque taxe suspendue puis rétablie, chaque appel à la diaspora, se joue sur ce même écart.

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