La BFM relève son taux directeur, un levier qui n'atteint qu'un adulte sur cinq
Pour freiner les prix, une banque centrale n'a qu'un levier : rendre l'argent plus cher. Encore faut-il que ce levier atteigne les gens. À Madagascar, il passe par un système bancaire formel qui touche moins d'un adulte sur cinq, quand l'inflation, elle, n'épargne personne.

Pourquoi la BFM relève-t-elle son taux directeur maintenant ?
Le comité monétaire de la Banky Foiben'i Madagasikara a porté son taux directeur de 12 % à 12,50 %, avec effet au 5 août 2026. La décision répond à une accélération des prix : l'inflation annuelle est passée de 6,8 % en mars à 8,6 % en juin 2026. C'est la première hausse depuis mai 2025, après quinze mois de statu quo.
Un second chiffre a pesé plus lourd que le premier. L'inflation sous-jacente atteint 11,4 %. Cet indicateur écarte l'alimentaire et l'énergie, trop volatils pour révéler une tendance de fond. Quand la hausse quitte le riz et le carburant pour s'installer dans le reste du panier, elle cesse d'être un accident et devient une dynamique. La BFM cite aussi des tensions au Moyen-Orient qui désorganisent les chaînes d'approvisionnement mondiales.
Ce qu'un taux directeur peut faire — et par où il passe
Une banque centrale ne fixe pas les prix. Elle fixe le prix de l'argent. Le taux directeur est le tarif auquel les banques commerciales se refinancent auprès de la BFM. Le relever renchérit leur matière première : elles prêtent plus cher, le crédit ralentit, la demande fléchit, et les prix sont censés suivre — c'est le mécanisme de transmission du taux directeur, et il prend plusieurs mois à produire ses effets.
Toute la chaîne repose donc sur un maillon unique : la banque commerciale. Un taux directeur n'a aucune prise directe sur le prix du riz à Anosibe ni sur la marge d'un revendeur de Behoririka. Il agit par ricochet, à travers le crédit, et seulement là où le crédit existe.
Qui paie vraiment cette hausse ?
C'est là que le levier malgache montre sa limite. L'inclusion financière atteint 40 % de la population, portée par le mobile money. L'accès aux services financiers formels — ceux qui passent par une banque — ne concerne que 19 % des adultes. Le canal par lequel la BFM agit touche donc moins d'un adulte sur cinq.
L'inflation ne fait pas ce tri. Le vendeur d'Anosibe, le collecteur de vanille, le ménage qui vit d'une activité non déclarée subissent l'érosion des prix sans avoir jamais eu de crédit à rembourser ni d'épargne rémunérée à défendre. Ils supportent le mal sans être atteints par le remède.
Cette asymétrie n'est pas un défaut de la décision : c'est une contrainte de structure, et la BFM n'a pas d'autre outil à sa disposition. Elle explique en revanche pourquoi ramener l'inflation de 8,6 % vers l'objectif de 5 % prendra du temps ici, et pourquoi le poids de l'ajustement se concentre sur la minorité bancarisée.
Emprunteur ou épargnant : ce qui change concrètement
Pour ceux que le levier atteint, l'effet n'est pas symétrique. Un crédit plus cher se répercute vite : nouveaux prêts, découverts et lignes indexées coûtent davantage dès ce trimestre. Les crédits déjà signés à taux fixe, eux, ne bougent pas. Pour une PME, ce demi-point s'ajoute à un coût de financement bancaire déjà élevé : de quoi resserrer une marge tendue, pas de quoi arrêter un projet solide.
Une épargne mieux rémunérée arrive plus lentement, quand elle arrive. Aucune règle n'oblige une banque malgache à relever ses taux de dépôt au rythme où la BFM relève le sien : c'est au client d'aller le réclamer. Et l'écart qui compte n'est pas celui de la vitrine. Entre le taux directeur à 12,50 % et l'inflation sous-jacente à 11,4 %, il ne reste que 1,1 point — la marge dont dispose la BFM pour peser sur les prix est mince. Un solde qui dort sur un compte mobile money, lui, ne gagne rien du tout.
Ce qu'il faut surveiller
Trois signaux diront si ce tour de vis suffit. D'abord la trajectoire de l'inflation sous-jacente d'ici à la prochaine réunion trimestrielle, attendue en novembre : si elle continue de grimper, un nouveau relèvement devient probable. Ensuite, la vitesse à laquelle les banques répercutent — ou non — ce demi-point sur leurs taux de dépôt. Enfin l'ariary, qui s'est apprécié face à l'euro et au dollar au premier semestre, adossé à des réserves de change de 3,76 milliards de dollars, soit environ sept mois d'importations contre 6,1 mois fin 2024. Ce coussin qui se reconstitue a sans doute donné à la BFM la marge d'agir maintenant plutôt que d'attendre.
Pour un lecteur, la question utile n'est pas de savoir si 12,50 % est le bon niveau. C'est de savoir de quel côté du levier il se trouve. Emprunteur, il paiera un peu plus cher dès ce trimestre. Épargnant, il devra aller chercher sa part de la hausse, car elle ne viendra pas d'elle-même. Ni l'un ni l'autre, comme quatre adultes malgaches sur cinq, il ne lui restera que l'inflation.


