Macro & politique monétaire

Canal+ a augmenté en août, votre forfait internet aurait dû baisser

Depuis le 17 août, l'abonnement Canal+ coûte plus cher à Madagascar, et le bouquet compte sept chaînes de moins qu'en juin. La hausse vient d'une taxe créée cet été. Le même texte devait alléger la facture d'internet : ce volet-là n'a pas été voté.

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Toits de maisons dans un quartier résidentiel dense d'Antananarivo
Photo : Bernard Gagnon / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Pourquoi l'abonnement Canal+ a-t-il augmenté le 17 août ?

Parce qu'une taxe qui n'existait pas au printemps s'applique désormais aux bouquets de télévision payante. La loi de finances rectificative pour 2026 a ajouté la télévision à péage à la liste des services soumis au droit d'accise, au taux de 8 %. L'opérateur a répercuté ce prélèvement sur ses grilles à compter du 17 août, en indiquant que le prix des offres était ajusté pour intégrer une taxe qu'il doit légalement reverser à l'État. Ce n'est donc pas une révision commerciale : c'est une ligne fiscale nouvelle, collectée au moment où l'abonnement est réglé.

De combien les bouquets ont-ils augmenté exactement ?

Le bouquet d'entrée Access passe de 36 000 à 39 000 ariary par mois. Evasion passe de 60 000 à 65 000 ariary, Access+ de 80 000 à 87 000 ariary, et la formule Tout Canal+ de 130 000 à 140 000 ariary. L'écart va donc de 3 000 ariary par mois sur l'offre la moins chère à 10 000 ariary sur la plus complète. Rapportée au tarif précédent, la hausse se situe entre 7,7 % et 8,8 % selon le bouquet.

La hausse correspond-elle vraiment au montant de la taxe ?

Elle colle de près. Appliquer 8 % aux anciens tarifs donne 38 880 ariary pour Access, 64 800 pour Evasion, 86 400 pour Access+ et 140 400 pour Tout Canal+. Les prix affichés sont ces montants arrondis au millier d'ariary, vers le haut pour les trois premiers, vers le bas pour le dernier, qui aurait pu être facturé 400 ariary de plus. L'arrondi joue donc dans les deux sens, et l'écart avec la taxe stricte reste sous 0,7 % dans tous les cas. Il n'y a pas de marge commerciale glissée derrière la mesure fiscale.

Pourquoi payer plus pour un bouquet qui a perdu sept chaînes ?

Les deux événements n'ont pas de lien entre eux, même s'ils tombent à six semaines d'intervalle. Depuis le 1er juillet, les abonnés malgaches n'ont plus accès à TF1, TMC, TFX, TF1 Séries Films, LCI, Ushuaïa TV et Histoire TV : le contrat de distribution entre les deux groupes n'a pas été renouvelé au terme de plusieurs mois de négociations, et le distributeur se dit prêt à reprendre les discussions. La taxe, elle, relève du Parlement. Pour le foyer qui règle son abonnement, le résultat combiné reste le même : un catalogue plus court et une facture plus lourde, dans un budget déjà entamé par la perte de valeur de l'ariary.

Combien cela représente-t-il sur une année entière ?

Sur douze mois, la hausse coûte 36 000 ariary de plus à un abonné Access, 60 000 à un abonné Evasion, 84 000 à un abonné Access+ et 120 000 à un abonné Tout Canal+. Le premier chiffre mérite qu'on s'y arrête : 36 000 ariary, c'était précisément le prix d'un mois d'abonnement Access avant le 17 août. Sur une année pleine, l'abonné d'entrée de gamme paiera donc l'équivalent de treize anciens mois pour douze mois de service. La dépense s'ajoute à celles que les foyers encaissent au même moment, à commencer par le coût d'une rentrée scolaire.

Le forfait internet et les appels vont-ils augmenter aussi ?

Non, et c'est le point où la lecture du texte prête le plus à confusion. Les communications par téléphonie et réseaux mobiles, l'accès à internet, les SMS, le transfert de données et la connectivité par satellite sont bien soumis à un droit d'accise de 8 % dans la loi adoptée. Mais ce taux de 8 % était déjà celui en vigueur avant elle. Rien n'a bougé de ce côté : aucun prélèvement nouveau ne s'ajoute aux forfaits, et les opérateurs n'ont pas de taxe supplémentaire à répercuter sur leurs offres.

Pourquoi parle-t-on alors d'une hausse sur les télécommunications ?

Parce que le chiffre a bougé pendant l'examen du texte, mais dans l'autre sens que celui qu'on imagine. Le projet déposé par le gouvernement prévoyait d'abaisser ce droit d'accise de 8 % à 5 %, une mesure présentée comme un geste sur le coût d'internet. Les députés ont écarté cette baisse et rétabli le taux à 8 %. Ce qui a été relevé à 8 %, c'est donc le taux inscrit dans le projet de loi, pas celui que payaient les abonnés. La conséquence n'est pas une facture plus chère : c'est une baisse annoncée qui n'aura pas lieu.

Qu'aurait changé le passage de 8 % à 5 % ?

Trois points de taxe en moins, soit un peu plus du tiers du prélèvement actuel. Le droit d'accise sur les télécommunications a rapporté 75 milliards d'ariary à l'État en 2023, contre 34,3 milliards en 2019. À ce niveau de collecte, la baisse écartée représentait de l'ordre de 28 milliards d'ariary de recettes annuelles auxquelles le budget aurait renoncé. Reste la question que le vote laisse ouverte : cet allègement serait-il descendu jusqu'aux forfaits, ou serait-il resté dans les comptes du secteur ?

Madagascar taxe-t-il lourdement les télécommunications ?

Tout dépend du point de comparaison. Le secteur plaide de longue date pour la suppression de ce droit d'accise, en faisant valoir que les communications ne sont ni un produit de luxe ni un produit nocif, et que cette fiscalité pèse sur le prix d'internet. L'administration fiscale répond que le taux malgache figure parmi les plus bas de la région : 20 % au Kenya, 17,5 % en Zambie, 12 % en Ouganda, contre 8 % à Madagascar. Le débat porte donc moins sur le niveau du taux que sur ce qu'un point de taxe en moins produirait vraiment pour l'abonné.

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