Taxe sur le riz importé : le riz « de luxe » est celui du quotidien
L'annonce a de quoi inquiéter un pays où le riz pèse sur chaque repas : l'État retaxe le riz importé, après vingt ans d'exonération totale. Le terme « riz de luxe » désigne une catégorie douanière, pas un produit rare. Ce grain représente près de 90 % du riz importé et se vend moins cher que la plupart des variétés locales. La hausse touche donc l'assiette de tout le monde.

Quel riz cette taxe vise-t-elle vraiment ?
La mesure inscrite dans la loi de finances rectificative 2026 porte un droit de douane de 20 % et une TVA de 5 % sur le riz importé dit « de luxe ». Le terme induit en erreur. Il ne désigne pas un produit rare mais une caractéristique technique : un riz à faible brisure, à 5 % ou moins. Or ce grain régulier représente près de 90 % du riz importé par Madagascar, soit l'essentiel des 800 000 tonnes qui entrent chaque année.
C'est là que la présentation de la mesure s'écarte du marché réel. Ce riz à faible brisure se vend entre 2 500 et 2 700 ariary le kilo, quand le makalioka et le diste locaux dépassaient 3 200 ariary en début d'année et le manalalondo 3 600. Le riz que l'État qualifie de « luxe » est donc, dans les faits, l'une des options les moins chères du marché — celle vers laquelle se tournent les ménages quand le riz local devient trop cher.
La distinction ne tient pas davantage au lieu d'achat. Ce riz ne se cantonne pas aux rayons des grandes surfaces : il se vend au détail et au sac de 50 kilos, entre 120 000 et 130 000 ariary. Taxer le riz à faible brisure ne revient donc pas à taxer un signe de consommation aisée, mais l'aliment de base d'une large part de la population.
Pourquoi les députés avaient-ils refusé cette taxe ?
La mesure n'est pas nouvelle. Elle figurait déjà dans le projet de loi de finances initiale pour 2026, et la majorité des députés l'avait bloquée par voie d'amendement. Leur argument : la stabilité des prix et la protection du pouvoir d'achat des ménages passaient avant les recettes fiscales et la protection de la filière locale.
Elle revient aujourd'hui par le collectif budgétaire, avec un périmètre présenté comme resserré sur le riz à faible brisure. Le compromis est plus apparent que réel : en visant près de 90 % des importations, la mesure retrouve presque toute l'assiette que les députés avaient voulu protéger. La crainte qu'ils exprimaient — un choc sur le panier des ménages — n'a pas été désamorcée, elle a été renommée.
Que changeaient vingt ans d'exonération ?
Depuis 2006, tout le riz importé entrait à Madagascar sans droit de douane ni TVA. Cette exonération totale visait à contenir le prix de l'aliment de base. Elle a aussi placé les riziculteurs malgaches en concurrence directe avec un riz importé fiscalement avantagé.
La Banque mondiale a pointé cette contradiction : exonérer le riz importé entre en conflit avec les efforts publics de soutien aux producteurs locaux. D'un côté l'État subventionne les semences et l'irrigation, de l'autre il facilite l'entrée du produit concurrent. La retaxation partielle est la réponse à cette incohérence.
Les volumes en jeu sont considérables. Le pays importe environ 800 000 tonnes de riz par an. Sur le seul premier semestre 2026, 408 667 tonnes de riz haut de gamme sont entrées sur le territoire — un rythme qui explique pourquoi ce segment est devenu une cible fiscale crédible.
Qu'est-ce que ça change pour les PME de l'import ?
Pour un importateur positionné sur le riz à faible brisure, l'équation se durcit d'un coup. Un droit de douane de 20 % s'ajoute au prix d'achat, avant même la TVA de 5 %. Deux issues : rogner la marge, ou répercuter sur un client dont le budget alimentaire est déjà contraint. La répercussion a été rapide.
Le vrai risque opérationnel est ailleurs. La frontière entre riz taxé et riz exonéré tient à un seuil technique — 5 % de brisure. Un importateur peut être tenté de reclasser sa marchandise juste au-dessus du seuil. La capacité des douanes à contrôler ce taux déterminera si la mesure produit ses effets ou si elle se contourne.
Pour les PME de la filière locale — collecte, décorticage, distribution — le calcul est inverse. Un riz importé haut de gamme renchéri libère de l'espace commercial sur le segment supérieur du marché intérieur. Encore faut-il pouvoir livrer un grain de qualité régulière, en volume, ce qui suppose des investissements en séchage et en usinage.
La production locale suit-elle vraiment ?
Les chiffres de récolte donnent un argument au gouvernement. La production de paddy est estimée à 5,172 millions de tonnes en 2026, contre 4 684 469 tonnes en 2025, soit une progression d'environ 10 %. La région Sofia, premier bassin rizicole du pays, dépasse à elle seule 700 000 tonnes.
La mesure fiscale s'accompagne d'un volet incitatif : détaxation des herbicides et fongicides, allègements sur les engrais et les équipements agricoles, réhabilitation de barrages et de réseaux d'irrigation, distribution de semences. Le ministre de l'Économie, Herinjatovo Aimé Ramiarison, a présenté cet ensemble aux Assises pour la relance économique comme une politique de soutien à la productivité.
La hausse de production reste toutefois une estimation, et une bonne récolte ne signifie pas encore une offre régulière toute l'année. Le point de friction classique à Madagascar n'est pas le volume produit mais la période de soudure, quand les stocks locaux s'épuisent et que le prix remonte.
Que faut-il surveiller ?
Pour un ménage, le repère utile n'est pas le taux de taxe mais le prix au kilo. Trois semaines après l'entrée en vigueur, la réponse était tombée. Le sac de 50 kilos de riz importé a pris 10 000 ariary. Le makalioka et le diste sont passés de 2 600 à 2 800 ariary le kilo, le manalalondo de 2 700 à 3 000. La hausse n'a pas épargné le riz local, dont le prix se cale sur celui de l'importé.
Pour une PME, deux indicateurs comptent. D'abord la façon dont les douanes appliquent le seuil de 5 % de brisure : un contrôle laxiste viderait la mesure de son contenu. Ensuite le calendrier des mesures d'accompagnement à la production, car c'est leur mise en œuvre effective, et non l'annonce, qui décidera si l'offre locale peut occuper le terrain libéré.
Pour mesurer l'effet sur les prix : pourquoi le kilo de riz varie d'une région à l'autre. Sur les autres barrières douanières qui pèsent sur le pays, voir notre analyse de l'AGOA et du textile.
Mise à jour du 21 août 2026 — Le Conseil des ministres du 19 août a suspendu la perception de ce droit de douane et de cette TVA sur le riz importé. La décision, portée par le ministère du Commerce et de la Consommation, est motivée par la sécurisation de l'approvisionnement à l'approche de la soudure, la production locale ne couvrant pas les besoins. Aucune durée n'a été communiquée. La taxe aura tenu moins d'un mois.


