Macro & politique monétaire

La Banque centrale a ramené sa prévision de croissance de 5,1 % à 3 %. L'inflation attendue, elle, passe à plus de 10 %.

La Banque centrale de Madagascar a revu ses chiffres début août : 3 % de croissance en 2026 au lieu de 5,1 %, et 10,1 % d'inflation en décembre. L'écart de plus de deux points entre prévisionnistes s'est refermé par le bas. Voici ce qui a changé, pourquoi, et ce que les chiffres d'aujourd'hui disent du budget des ménages.

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Vue en hauteur du marché d'Analakely et de ses pavillons, cœur commerçant d'Antananarivo
Photo : Cactus0625 / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0

Mise à jour du 28 octobre : qu'ont changé les nouvelles prévisions ?

Cet article a paru le 1er août, quand la dernière note de la Banque centrale (BFM) donnait 5,1 % de croissance pour 2026. Début août, son rapport sur la politique monétaire l'a ramenée à 3 %.

Elle attend aussi plus d'inflation : 10,1 % en décembre 2026, contre 9,3 % dans sa prévision précédente. Le FMI, après son conseil du 30 septembre, retient 3,8 % de croissance et 9,3 % d'inflation.

Les chiffres de l'article ont été corrigés en conséquence.

Quelle croissance Madagascar peut-il attendre en 2026 ?

Les prévisions vont aujourd'hui de 3 % à 3,8 %. La BFM est passée de 5,1 % (note de février) à 3 % (rapport d'août), et rejoint la Banque africaine de développement (BAD).

Le Fonds monétaire international (FMI) retient 3,8 % depuis son conseil du 30 septembre, comme la loi de finances rectificative, et la Banque mondiale 3,5 à 3,7 %. L'écart entre la plus haute et la plus basse prévision est tombé à 0,8 point, contre 2,1 points en février.

Quand une prévision passe de 5,1 % à 3 %, ce n'est pas une abstraction statistique. Sur une économie de la taille de celle de Madagascar, deux points de croissance font la différence entre une création d'emplois qui absorbe l'arrivée des jeunes sur le marché du travail et une année où la population active progresse plus vite que les postes disponibles. Ils déterminent aussi les recettes fiscales, donc la capacité de l'État à financer ses dépenses sans creuser son déficit ni recourir davantage à l'endettement. Une prévision optimiste qui ne se réalise pas se paie en arbitrages budgétaires l'année suivante.

Pourquoi les prévisions divergeaient-elles de deux points ?

Les écarts traduisaient des hypothèses différentes sur quelques variables décisives. La première est le commerce extérieur. Depuis avril 2025, les exportations malgaches vers les États-Unis subissent des droits de douane dits « réciproques », affichés à 47 %. Une institution qui anticipe une levée rapide de ces droits n'aboutit pas au même chiffre qu'une institution qui les intègre sur toute l'année. Le textile en zone franche, premier employeur industriel du pays, se trouve directement dans cette ligne de mire — nous détaillons le mécanisme dans notre analyse de l'AGOA et du textile malgache.

La deuxième variable est le prix des matières premières. En février, la BFM misait sur une demande mondiale soutenue pour le nickel, le cobalt, le girofle et le cacao. La BAD retient une hypothèse plus prudente : elle anticipe un déficit courant creusé à 7,8 % du PIB en 2026, avec des exportations affaiblies, la vanille en particulier. La troisième variable est le climat. Une saison cyclonique sévère ampute la production agricole et abîme les infrastructures, sans qu'aucun modèle ne puisse la dater à l'avance. Chaque prévisionniste tranche ces incertitudes différemment, et l'écart final n'était que la somme de ces arbitrages. Six mois plus tard, la BFM a rejoint les prudents.

La Banque centrale était-elle trop optimiste ?

La Banque centrale a répondu elle-même. En août, elle a ramené sa croissance de 5,1 % à 3 % et relevé son inflation attendue à 10,1 % en décembre 2026, contre 6,7 % dans sa note de février.

Elle passe ainsi de la plus optimiste à l'une des plus prudentes sur la croissance. Sur les prix, sa prévision est désormais la plus haute, au-dessus des dernières estimations relevées pour le FMI (9,3 %), la BAD (9 %) et la Banque mondiale (8,3 %).

Une banque centrale prévoit rarement l'échec de sa propre politique monétaire : son chiffre de février se lisait comme une cible autant que comme une prévision.

La note de février soulignait déjà que « la désinflation reste fragile, notamment en raison des déséquilibres entre l'offre et la demande ». Passer de 3,4 % de croissance en 2025, selon la BFM, à 5,1 % supposait une accélération franche, dans une année où le principal débouché industriel du pays est renchéri par des droits de douane. Le 5 août, la BFM a relevé son taux directeur de 12 % à 12,5 % pour contenir les prix ; nous expliquons le fonctionnement ici.

Ce que ces écarts changent pour votre budget

Pour un ménage, la croissance est une abstraction ; l'inflation ne l'est pas. C'est là que la révision pèse le plus lourd : la BFM attend 10,1 % en décembre 2026, contre 7,2 % en décembre 2025, et le FMI 9,3 %.

Le rapport cite des pressions sur le riz (+7 %) et sur l'énergie (+9,7 %).

Le point de départ est élevé, et la dépréciation de l'Ariary continue d'alimenter mécaniquement l'inflation importée.

Ce que ces écarts ne disent pas, c'est ce qu'il faut faire. Aucune prévision ne justifie un pari sur une devise ou un placement particulier : elles sont révisées plusieurs fois par an, parfois de plus de deux points : la BFM vient de passer de 5,1 % à 3 % en six mois. La Banque mondiale a ainsi abaissé ses chiffres de 0,8 à 0,9 point par rapport à ses projections de janvier 2025. Ce qu'elles permettent, en revanche, c'est de calibrer un budget avec prudence. Construire ses hypothèses de dépenses sur la fourchette basse coûte moins cher qu'un rattrapage improvisé en cours d'année, pour un ménage comme pour une entreprise.

Ce qu'il faut surveiller d'ici la fin de l'année

Quatre repères permettront de juger ces nouvelles prévisions. Le premier est l'évolution mensuelle des prix : la BFM attend 10,1 % en décembre, et le carburant, gelé jusqu'en décembre, sera le prix à surveiller en janvier.

Le deuxième est le sort des droits de douane américains, qui conditionne l'activité de la zone franche et donc une part des exportations. Le troisième est le déficit courant, que le FMI voit se creuser à 8,3 % du PIB en 2026, dons compris.

Le quatrième est le niveau des réserves de change : 6,1 mois d'importations attendus fin 2026 par le FMI, contre 6,9 mois en 2025.

Ces réserves constituent le vrai matelas de sécurité du pays. Six mois d'importations restent un coussin confortable, qui donne à la BFM une marge pour amortir les chocs de change sans casser la croissance.

Le débat de 2026 est désormais tranché à la baisse ; celui de 2027 s'ouvre, entre 4,5 % pour le FMI et 5,1 % annoncés par le gouvernement. Il se lira, mois après mois, dans les carnets de commandes des exportateurs et sur les étals des marchés d'Antananarivo.

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