Macro & politique monétaire

Croissance 2026 : 5,1 % pour la BFM, 3 % pour la BAD — pourquoi un tel écart ?

Prévoir la croissance d'un pays n'est jamais un exercice neutre. À Madagascar, les institutions qui s'y risquent pour 2026 aboutissent à des résultats séparés par plus de deux points de pourcentage. L'écart n'est pas un détail technique : il dit ce que chacune anticipe du choc tarifaire américain et de la solidité de la demande intérieure.

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Vue en hauteur du marché d'Analakely et de ses pavillons, cœur commerçant d'Antananarivo

Quelle croissance Madagascar peut-il attendre en 2026 ?

Les prévisions vont de 3 % à 5,1 % selon l'institution qui les publie. La Banque centrale de Madagascar (BFM) retient 5,1 % dans sa note de conjoncture de février 2026. La Banque africaine de développement s'arrête à 3 %, le Fonds monétaire international à 3,6 % et la Banque mondiale à 3,9 %. La loi de finances 2026 table de son côté sur 4,8 %. Entre l'hypothèse la plus haute et la plus basse, l'écart atteint 2,1 points — un intervalle inhabituellement large pour une même année et une même économie.

Deux points de croissance ne sont pas une abstraction statistique. Sur une économie de la taille de celle de Madagascar, ils font la différence entre une création d'emplois qui absorbe l'arrivée des jeunes sur le marché du travail et une année où la population active progresse plus vite que les postes disponibles. Ils déterminent aussi les recettes fiscales, donc la capacité de l'État à financer ses dépenses sans creuser son déficit ni recourir davantage à l'endettement. Une prévision optimiste qui ne se réalise pas se paie en arbitrages budgétaires l'année suivante.

D'où vient un écart de deux points entre prévisionnistes ?

Les écarts traduisent des hypothèses différentes sur quelques variables décisives. La première est le commerce extérieur. Depuis avril 2025, les exportations malgaches vers les États-Unis subissent des droits de douane dits « réciproques », affichés à 47 %. Une institution qui anticipe une levée rapide de ces droits n'aboutit pas au même chiffre qu'une institution qui les intègre sur toute l'année. Le textile en zone franche, premier employeur industriel du pays, se trouve directement dans cette ligne de mire — nous détaillons le mécanisme dans notre analyse de l'AGOA et du textile malgache.

La deuxième variable est le prix des matières premières. La BFM mise sur une demande mondiale soutenue pour le nickel, le cobalt, le girofle et le cacao. La BAD retient une hypothèse plus prudente : elle anticipe un déficit courant creusé à 7,8 % du PIB en 2026, avec des exportations affaiblies, la vanille en particulier. La troisième variable est le climat. Une saison cyclonique sévère ampute la production agricole et abîme les infrastructures, sans qu'aucun modèle ne puisse la dater à l'avance. Chaque prévisionniste tranche ces incertitudes différemment, et l'écart final n'est que la somme de ces arbitrages.

La Banque centrale est-elle trop optimiste ?

Le constat mérite d'être posé sans procès d'intention : la BFM est la plus optimiste sur les deux tableaux à la fois. Sur la croissance, elle retient 5,1 % quand les bailleurs se situent entre 3 % et 3,9 %. Sur les prix, elle attend une inflation d'environ 6,7 % fin 2026, là où la Banque mondiale anticipe 8,3 % et la BAD 9 %. Une banque centrale prévoit rarement l'échec de sa propre politique monétaire. Cela n'invalide pas ses chiffres, mais invite à les lire pour ce qu'ils sont : une cible autant qu'une prévision.

L'institution ne masque d'ailleurs pas la fragilité de sa trajectoire. Sa note souligne que « la désinflation reste fragile, notamment en raison des déséquilibres entre l'offre et la demande ». Elle estime par ailleurs la croissance 2025 à 3,4 %. Passer de 3,4 % à 5,1 % en un an suppose une accélération franche, dans une année où le principal débouché industriel du pays est renchéri par des droits de douane. C'est cette marche que les autres prévisionnistes ne franchissent pas. Pour y parvenir, la BFM maintient un taux directeur restrictif de 12 %, dont nous expliquons le fonctionnement ici.

Ce que ces écarts changent pour votre budget

Pour un ménage, la croissance est une abstraction ; l'inflation ne l'est pas. C'est là que la divergence pèse le plus lourd. Entre les 6,7 % attendus par la BFM et les 9 % anticipés par la BAD, il y a l'écart entre une érosion supportable du pouvoir d'achat et une année difficile sur le riz, le carburant et les produits importés. L'inflation atteignait déjà 7,2 % en décembre 2025 selon la BFM : le point de départ est élevé, et la dépréciation de l'Ariary continue d'alimenter mécaniquement l'inflation importée.

Ce que ces écarts ne disent pas, c'est ce qu'il faut faire. Aucune prévision ne justifie un pari sur une devise ou un placement particulier : elles sont révisées plusieurs fois par an, parfois de près d'un point. La Banque mondiale a ainsi abaissé ses chiffres de 0,8 à 0,9 point par rapport à ses projections de janvier 2025. Ce qu'elles permettent, en revanche, c'est de calibrer un budget avec prudence. Construire ses hypothèses de dépenses sur la fourchette basse coûte moins cher qu'un rattrapage improvisé en cours d'année, pour un ménage comme pour une entreprise.

Ce qu'il faut surveiller d'ici la fin de l'année

Quatre repères permettront de trancher entre ces scénarios. Le premier est l'évolution mensuelle des prix : si l'inflation se maintient au-dessus de 8 %, l'hypothèse de la BFM devient difficile à tenir. Le deuxième est le sort des droits de douane américains, qui conditionne l'activité de la zone franche et donc une part des exportations. Le troisième est le déficit courant, que la BAD voit se creuser à 7,8 % du PIB. Le quatrième est le niveau des réserves de change, estimé à environ sept mois d'importations par la Banque centrale.

Ces réserves constituent le vrai matelas de sécurité du pays. Sept mois d'importations, c'est confortable au regard des standards régionaux, et cela donne à la BFM une marge pour amortir les chocs de change sans casser la croissance. Le débat entre 3 % et 5,1 % se tranchera pourtant moins dans les modèles que dans les carnets de commandes des exportateurs et sur les étals des marchés d'Antananarivo. C'est là, mois après mois, que se lira laquelle de ces prévisions aura eu raison — et c'est là que le lecteur en mesurera l'effet avant tout communiqué officiel.

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