Macro & politique monétaire

L'État récupère un ariary sur quarante perdus dans la fraude. Le reste, il le prend sur ce qu'il voit.

Le ministre de l'Économie et des Finances l'a dit sans détour début septembre : les recettes fiscales malgaches pèsent moins de 11 % du produit intérieur brut, quand des pays de revenu comparable en collectent 15 à 18 %. L'écart ne vient pas d'un manque de taxes — il vient de ce qui échappe à l'impôt, et de ce que l'État renonce lui-même à percevoir. Voici les trois chiffres qui expliquent pourquoi chaque nouvelle mesure fiscale retombe toujours sur les mêmes contribuables.

Partager
WhatsAppFacebookLinkedInX
Hôtel de ville d'Antananarivo, place de l'Indépendance
Photo : Rudolphfurtado / Wikimedia Commons, CC BY 4.0

Combien l'État malgache collecte-t-il vraiment ?

Moins de 11 % du produit intérieur brut. Le chiffre vient du ministre de l'Économie et des Finances, Herinjatovo Aimé Ramiarison, qui l'a donné le 2 septembre 2026 devant la conférence budgétaire régionale d'Analamanga. Rapporté au PIB 2026 estimé par son propre ministère, 100 181 milliards d'ariary, cela représente environ 11 000 milliards d'ariary de recettes fiscales pour financer l'ensemble de l'État.

La comparaison qu'il donne lui-même situe l'écart. Des pays au niveau de revenu comparable collectent au moins 15 % de leur PIB, certains jusqu'à 18 %. Atteindre seulement le premier de ces seuils représenterait, pour Madagascar, quelque 4 000 milliards d'ariary de plus par an — davantage que la masse salariale publique de l'année.

Que pèsent 800 millions de dollars de fraude ?

Au cours actuel, environ 3 460 milliards d'ariary. C'est le montant que le ministre estime perdu chaque année dans la fraude fiscale. Mis en regard des 11 000 milliards effectivement collectés, cela signifie que pour trois ariary qui entrent dans les caisses, un quatrième reste dehors.

Une précision s'impose sur ce chiffre, car il est présenté comme valant « environ 5 % du PIB ». Les deux formulations ne se recoupent pas : 5 % du PIB 2026 dépasseraient 5 000 milliards d'ariary, soit près d'un milliard et demi de dollars. Les 800 millions correspondent à un PIB d'environ 16 milliards de dollars, c'est-à-dire à une estimation plus ancienne. Autrement dit, le manque à gagner réel est probablement supérieur au chiffre annoncé, pas inférieur.

Combien l'administration récupère-t-elle réellement ?

43,33 milliards d'ariary sur le premier semestre 2026. C'est un résultat en forte progression — 25,38 milliards sur la même période de 2025, soit une hausse de 71 % — et l'administration a raison d'y voir un progrès. Rapporté à ce qui est estimé perdu sur six mois, environ 1 730 milliards d'ariary, cela représente pourtant 2,5 % : un ariary récupéré pour quarante qui échappent.

La répartition dit où se situe la capacité de contrôle. La Direction générale des impôts a ramené 41,27 milliards d'ariary. Les douanes, 2,06 milliards — moins de 5 % du total, dans un pays qui fait entrer chaque année environ 800 000 tonnes de riz, des véhicules et l'essentiel de sa consommation manufacturée. Leur bilan du semestre compte 36 dossiers, 95 050 euros interceptés et un peu plus de 12 kilos d'or saisis — sur une production annuelle estimée à vingt tonnes.

Pourquoi seulement 119 contrôles en six mois ?

Parce que la stratégie a changé, et c'est le fait le plus intéressant du bilan. La Direction générale des impôts a contrôlé 119 dossiers au premier semestre 2026, contre 435 un an plus tôt. Elle en a tiré 71 % de recettes en plus. Le montant moyen récupéré par dossier passe ainsi à 347 millions d'ariary : moins de contrôles, mieux ciblés, sur des données mieux exploitées.

Un détail de la ventilation mérite d'être relevé. Sur les 41,27 milliards ramenés par le fisc, 16,44 milliards sont des droits principaux — l'impôt qui aurait dû être payé — et 24,84 milliards des pénalités et amendes, dont le montant a doublé en un an. La majorité de ce qui rentre n'est donc pas l'impôt lui-même, mais le prix du retard avec lequel il a été détecté.

Cent dix-neuf dossiers en six mois, pour un pays de plus de trente millions d'habitants, dit aussi autre chose : la question n'est pas seulement la volonté de contrôler, c'est la capacité matérielle de le faire. Un ciblage plus fin améliore le rendement de chaque contrôle, il n'élargit pas le nombre de contribuables atteints.

Que coûtent les exonérations que l'État accorde lui-même ?

2 281,63 milliards d'ariary en 2024, selon le rapport annuel de l'Unité de politique fiscale. Ce sont les « dépenses fiscales » : les exonérations, réductions et taux préférentiels que l'État consent volontairement. L'équivalent de 26,81 % de ses recettes domestiques, auxquelles il renonce par décision, et non par fraude.

Ces exonérations ne sont pas des cadeaux sans objet : près des deux tiers visent le soutien à l'économie, l'investissement en tête, puis l'agriculture. Et l'effort de réduction est réel — le même exercice chiffrait 2023 à près de 3 000 milliards d'ariary, soit 4,2 % du PIB. C'est précisément ce poste que l'État s'est engagé à raboter dans le cadre de son programme avec le Fonds monétaire international.

Additionnées, les deux lignes donnent la mesure du problème. Entre ce qui échappe à l'impôt et ce à quoi l'État renonce, le manque à gagner approche la moitié de ce qu'il collecte réellement. Aucune hausse de taux sur la base existante ne comble un écart de cette taille.

Qu'est-ce que ça change pour vous ?

Cela explique une régularité que vous avez déjà constatée sans forcément la nommer. Quand un budget doit être bouclé, les mesures tombent sur ce qui est mécaniquement prélevable : le salaire déclaré, dont l'impôt part à la source avant même d'arriver sur le compte ; la marchandise qui passe par un port ; la consommation qui passe par une caisse. Ce n'est pas un choix idéologique, c'est le seul périmètre que l'administration atteint sans contrôle.

Le corollaire est moins confortable. Tant que la base ne s'élargit pas, chaque besoin nouveau se traduit par une pression accrue sur les mêmes contribuables — ceux qui, déjà, ne peuvent pas ne pas payer. C'est la même mécanique qui a produit la retaxation du riz importé, puis son abandon en moins d'un mois, la vignette automobile, ou les ajustements de régime qui pèsent sur les PME : des mesures qui visent le visible, faute de pouvoir atteindre le reste.

Reste une phrase du ministre qui mérite d'être suivie dans les faits : « les redressements fiscaux abusifs ne sont plus d'actualité ». Elle s'adresse aux entreprises formelles, qui redoutent d'être la variable d'ajustement d'un objectif de recettes. Elle intervient au moment précis où le montant moyen récupéré par contrôle atteint 347 millions d'ariary. Les deux ne sont pas contradictoires — un ciblage plus fin peut parfaitement viser mieux plutôt que plus fort — mais c'est l'évolution du nombre de dossiers, autant que celle des montants, qui permettra de le vérifier.

Partager
WhatsAppFacebookLinkedInX