Taux directeur de la BFM à 12 % : pourquoi votre crédit coûte 18 %
Le taux directeur de la BFM est fixé à 12 % depuis mai 2025, et le comité monétaire l'a maintenu une nouvelle fois le 5 mai 2026. Ce niveau élevé doit freiner l'inflation en renchérissant le coût de l'argent. Dans un pays où 8 % seulement des entreprises empruntent auprès d'une banque, le chemin par lequel cette décision atteint votre quotidien n'est pas celui que l'on imagine.

Le taux directeur de la BFM est à 12 % : que dit ce chiffre ?
Le taux directeur de la Banque centrale de Madagascar s'établit à 12 % depuis mai 2025. C'est le prix auquel les banques commerciales se refinancent auprès de la BFM : en le maintenant élevé, la Banque centrale rend l'argent plus cher pour freiner la hausse des prix. Son comité monétaire l'a reconduit à ce niveau le 5 mai 2026.
Ce niveau est le résultat de deux relèvements successifs. Une première hausse de 50 points de base est intervenue en août 2024, suivie d'une seconde de 150 points de base en mai 2025, qui a porté le taux de 10,5 % à 12 %. Depuis, la BFM ne bouge plus.
L'objectif affiché est de ramener l'inflation vers 5 % à moyen terme. La trajectoire va dans le bon sens sans être acquise : après 8,4 % en mars 2025, la hausse des prix est redescendue à 6,1 % en janvier 2026, avant de remonter à 6,8 % en mars. C'est cette remontée qui explique que la Banque centrale ne desserre pas encore.
Pourquoi votre crédit coûte 18 % quand le taux directeur est à 12 %
L'écart entre les deux chiffres est la première chose à comprendre. Le taux moyen auquel les banques prêtent à Madagascar tourne autour de 18 %, six points au-dessus du taux directeur. Cet écart ne s'explique pas par la politique monétaire : il paie le risque perçu par les banques, leurs coûts de fonctionnement et la difficulté à évaluer un emprunteur dans une économie où l'informel domine.
Conséquence pratique : une baisse d'un point du taux directeur ne se traduit pas par une baisse d'un point de votre mensualité. La transmission est partielle et lente. Le ministre de l'Économie et des Finances l'a lui-même reconnu en évoquant une transmission incomplète du taux directeur aux conditions de crédit réelles.
Un élément vient toutefois d'alléger la facture. La TVA sur les intérêts bancaires, prévue par la loi de finances 2025, a été suspendue et cette suspension est actée dans la loi de finances rectificative 2026. Une taxe supplémentaire sur le crédit aurait alourdi un coût du capital déjà élevé.
Qui est réellement concerné par une décision de la BFM ?
La réponse est moins large qu'on ne le suppose. Seules 8 % des entreprises malgaches ont accès à un crédit bancaire, contre environ 20 % en moyenne en Afrique subsaharienne. L'écart interne est encore plus parlant : 37 % des grandes entreprises sont financées par une banque, contre 5 % des petites.
Le crédit au secteur privé ne représente que 17 % du produit intérieur brut, un niveau nettement inférieur à la moyenne régionale. Plus de 90 % de la population active travaille dans l'informel, hors de portée du circuit bancaire classique.
Autrement dit, le canal du crédit ne touche directement qu'une minorité. Pour la grande majorité des ménages et des petites entreprises, une décision de la BFM ne modifie pas le coût d'un emprunt qu'ils n'ont pas.
Les banques ont de l'argent : pourquoi le crédit ne circule-t-il pas ?
Le paradoxe est réel. Le marché affichait début 2026 une surliquidité qualifiée d'exceptionnellement élevée par la Banque centrale, alimentée par d'importantes entrées de devises liées à des projets de développement fin 2025. Les banques disposent donc de ressources.
L'Association professionnelle des banques réclame que davantage de liquidité soit libérée pour financer les opérateurs économiques et amorcer une vraie relance. Son président, Hugues Bonshe Makalebo, met en avant les chocs subis lors du dernier trimestre.
La BFM refuse pour l'instant. Sa position tient en une phrase : un assouplissement prématuré risquerait de raviver les tensions sur les prix et de compromettre les perspectives de croissance. Le Fonds monétaire international l'a d'ailleurs invitée à se tenir prête à relever ses taux plutôt qu'à les baisser. Le blocage n'est donc pas d'abord un problème de prix de l'argent, mais de circuits par lesquels il devrait s'écouler.
Ce qui change concrètement pour vous
Si vous n'avez pas de crédit bancaire, l'effet du taux directeur vous atteint par l'inflation et par le change, pas par votre mensualité. Un taux maintenu élevé vise à protéger le pouvoir d'achat de l'ariary. Le repère utile n'est donc pas le taux lui-même, mais l'évolution des prix à la consommation, et notamment de l'alimentaire.
Si vous avez ou cherchez un crédit, le point de vigilance est le taux effectif proposé par votre banque, pas l'annonce de la BFM. La suspension de la TVA sur les intérêts joue en votre faveur ; le reste dépend de votre profil de risque et de la concurrence entre établissements.
Trois signaux méritent d'être suivis dans les prochains mois : la trajectoire de l'inflation, qui décidera d'un éventuel desserrement ; les risques que la BFM a elle-même identifiés, à savoir le prix du pétrole, le transport maritime, les intrants agricoles et les effets de second tour des hausses salariales ; et enfin toute mesure qui élargirait réellement l'accès au financement. C'est ce dernier point, bien plus qu'un quart de point de taux directeur, qui changerait la donne pour les PME malgaches.


