Le déficit d'électricité d'Antananarivo a presque été divisé par deux. Les coupures sont pourtant revenues.
Un an après le soulèvement né des coupures, Antananarivo manque deux fois moins d'électricité. Les délestages sont pourtant redevenus quotidiens fin septembre. La raison : la puissance installée n'est pas la puissance disponible. Voici l'arithmétique du déficit, ce que l'État achète pour le combler et ce que coûte le courant qui manque.

De combien d'électricité Antananarivo manque-t-il ?
De 23,5 mégawatts en septembre, contre 44,9 un an plus tôt : le déficit a presque été divisé par deux. La Jirama en prévoit 15,2 en octobre et 14,9 en novembre, pour un besoin de 225 MW le matin et de 270 MW le soir.
Au pic du soir, 23,5 MW représentent 8,7 % de la demande. Ce n'est plus le gouffre de 2025, mais ce n'est pas zéro.
La baisse n'est pas régulière. Le déficit était de 15,5 MW en juin, de 22,35 en juillet, de 23,5 en septembre : à mesure que l'eau baisse dans les barrages, une partie de ce que les nouvelles capacités ont gagné se perd.
Pourquoi les coupures reviennent-elles si le déficit baisse ?
Parce que la puissance installée n'est pas la puissance disponible. Depuis le 30 septembre, les coupures sont de nouveau quotidiennes, de deux à trois heures, alors qu'elles étaient intermittentes.
Voici l'écart entre ce qui figure sur le papier et ce que le réseau reçoit :
- Barrage d'Andekaleka : 116 MW en temps normal, 97 MW à la pointe, 45 MW dans la journée
- Solaire : 52 MW installés ; le 8 septembre, par temps nuageux, 20 MW fournis sur 48 MW disponibles
- Turbines à combustion 1 et 2 : 30 MW, dont une à l'arrêt
Le solaire, lui, ne fournit rien après le coucher du soleil, au moment où la demande est la plus forte.
Que fait l'État pour combler l'écart ?
Il achète des machines. L'État a acquis 116 groupes électrogènes, dont la majorité est déjà installée dans les régions, et importe le carburant de la Jirama.
Pour Antananarivo, deux renforts de 18 MW chacun sont attendus : la remise en service de la turbine TAC 1, dont les pièces ont été importées, et 18 groupes diesel de 1 MW.
Les 18 groupes sont achetés sans appel d'offres, auprès d'une société de droit russe : le Conseil des ministres a réquisitionné la Jirama au titre de l'état d'urgence énergétique, renouvelé le 29 septembre.
L'urgence y gagne du temps ; la mise en concurrence y perd. Leur date d'arrivée n'est pas arrêtée.
Le calcul est serré. Ces 18 MW égalent le déficit estimé début octobre, qui était lui aussi de 18 MW. Il suffit qu'Andekaleka perde 18 MW de plus pour les annuler.
Avec la turbine, les deux renforts dépasseraient le déficit. Reste à savoir quand ils arriveront, et ce que l'étiage aura repris d'ici là.
Combien coûte le courant qui manque ?
Pour la Jirama, 430 ariary par kilowattheure vendu, soit environ 1 030 milliards d'ariary par an que l'État doit combler. Pour les ménages et les entreprises, une facture qui ne figure sur aucun compteur.
Une habitante d'Ampanotokana dépensait de 2 500 à 3 000 ariary de bougies par jour avant l'amélioration de ces derniers mois. Cela fait de 75 000 à 90 000 ariary par mois, soit de 24 à 29 % du salaire minimum de 315 000 ariary.
Pour comparer : une ampoule LED de 10 watts allumée cinq heures consomme 0,05 kWh, soit environ 40 ariary au prix moyen de vente de 795 ariary. La bougie coûte de 60 à 75 fois plus.
Côté entreprises, l'électricité pèse de 50 à 60 % des dépenses de certaines d'entre elles, selon le président du Syndicat des industries de Madagascar. Un groupe électrogène ne fait pas non plus tourner toutes les machines.
Quand les coupures cesseront-elles ?
Pas cette année, selon la direction de la Jirama. Le délestage doit reculer progressivement, sans disparaître complètement en 2026, et la Jirama prévoit encore un déficit de 14,9 MW en novembre.
Trois points feront la différence : l'arrivée des 18 groupes et de la turbine, le niveau d'Andekaleka tant que dure l'étiage, et le retour des pluies. La Jirama tente aussi de provoquer des pluies au-dessus des barrages d'Andekaleka et de Mandraka.
Un an après le soulèvement du 25 septembre 2025, né des coupures, le FMI a placé le redressement de la Jirama parmi les réformes à accélérer, à l'issue de sa mission du 5 au 9 octobre.


