Le forfait internet a fondu en un an. Le smartphone, lui, paie toujours quatre taxes.
Le giga de données coûte quatre fois moins cher qu'il y a un an à Madagascar. L'internet mobile reste pourtant l'affaire d'une petite minorité. Selon un rapport de la GSMA, l'association mondiale des opérateurs, présenté le 16 octobre à Antananarivo, l'obstacle principal est désormais le smartphone, chargé de quatre taxes. Voici ce qu'elles pèsent vraiment, et pourquoi l'État hésite à y toucher.

Pourquoi si peu de Malgaches utilisent-ils internet sur leur téléphone ?
Ce n'est pas faute de réseau : la 3G et la 4G couvrent 81 % de la population. En 2025, seuls 14,3 % des Malgaches utilisaient pourtant l'internet mobile.
Deux Malgaches sur trois vivent donc sous une antenne sans s'en servir pour se connecter. Pour les opérateurs, la raison principale est le coût du téléphone lui-même.
Le forfait internet a-t-il vraiment baissé ?
L'offre à 1 000 ariary donnait 250 mégaoctets il y a un an ; elle donne aujourd'hui un gigaoctet chez les trois opérateurs, soit un prix divisé par quatre. Les services restent pourtant soumis à une accise de 8 %.
Quelles taxes paie-t-on sur un smartphone ?
Quatre : 20 % de droits de douane, 6 % de redevance pour droit d'auteur, 1 % de redevance de régulation, puis 20 % de TVA. Elles s'appliquent les unes sur les autres.
Prenons un téléphone importé pour 100 000 ariary. Les trois premières taxes le portent à 127 000 ariary, et la TVA, calculée sur ce total, à 152 400 ariary avant même la marge du vendeur.
Les taxes font-elles 47 % du prix d'un téléphone ?
Non. Ce chiffre, repris dans la presse, additionne les quatre taux, ce qui ne donne pas une part du prix.
Dans notre exemple, les taxes représentent environ un tiers du prix payé. Dit autrement, elles ajoutent un peu plus de la moitié au prix d'importation : c'est déjà beaucoup.
Que propose la GSMA ?
Supprimer les droits de douane, la redevance pour droit d'auteur et celle de régulation sur les smartphones d'entrée de gamme, avec une exonération ciblée de TVA. Elle suggère aussi d'envisager la fin de l'accise de 8 % sur les télécoms.
Sans les trois redevances, notre téléphone sortirait à 120 000 ariary au lieu de 152 400. La GSMA estime que ses réformes connecteraient 1,13 million de Malgaches de plus d'ici 2031.
Qui demande ces baisses d'impôts ?
Les opérateurs eux-mêmes, réunis dans la GSMA, qui gagneraient des clients si les téléphones coûtaient moins cher. Leur intérêt ne rend pas le calcul faux, mais il faut le garder en tête.
Le secteur paie déjà beaucoup : en 2023, taxes et redevances représentaient 24 % de ses revenus, selon une étude de la même association. Les clients en supportaient 60 %.
Pourquoi l'État hésite-t-il à baisser ces taxes ?
Parce que ses recettes fiscales sont déjà inférieures aux attentes, et que chaque exonération est un manque à gagner immédiat. Le rapport ne chiffre pas ce que l'État perdrait.
Le pari serait de récupérer cette perte plus tard, par davantage d'abonnés et d'activité en ligne. Un pari difficile à tenir quand le FMI surveille le budget mois après mois.
Que retenir avant d'acheter un téléphone ?
Aucune baisse n'est décidée : ces taxes ne changeront que si une loi de finances le prévoit. Le projet pour 2027 sera débattu au Parlement d'ici la fin de l'année, c'est là que la question se jouera.


