Épargne & finance du quotidien

Comment prêter à l'État malgache et être payé pour ça

Il existe à Madagascar un placement garanti par l'État, ouvert à tout particulier dès 1 million d'ariary, et dont les taux sont publiés chaque mois. Presque personne n'en parle. Les Bons du Trésor Fihary rapportent entre 6 % et 8,7 % selon la durée — des chiffres qui paraissent confortables jusqu'à ce qu'on les confronte à l'inflation.

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Billets de banque en ariary de la Banky Foiben'i Madagasikara disposes en eventail
Photo : Joussia / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Un placement d'État accessible dès 1 million d'ariary

Le Bon du Trésor Fihary (BTF) est un titre de dette émis par le Trésor public malgache. En souscrivant, vous prêtez de l'argent à l'État, qui vous le rend à échéance augmenté d'un intérêt. Le produit existe depuis un décret de décembre 2014 et reste largement méconnu du grand public.

Le ticket d'entrée est de 1 million d'ariary, puis par tranches d'un million. Trois durées existent : un an, deux ans, trois ans. Un compte titre est ouvert à votre nom auprès du Trésor, et le remboursement du capital est garanti. Point important pour la diaspora : le produit est ouvert aux agents économiques résidents comme non-résidents.

Ce que rapporte l'émission d'août 2026

Le Trésor a mis 118 milliards d'ariary sur le marché ce mois-ci, répartis sur les trois maturités :

  • 1 an — 6,00 % par an, échéance août 2027
  • 2 ans — 7,50 % par an, échéance août 2028
  • 3 ans — 8,70 % par an, échéance août 2029

Ces taux ne sont pas gravés dans le marbre : le Trésor les révise chaque mois pour les nouvelles émissions. Les chiffres ci-dessus valent pour août, pas pour l'année. Une émission a lieu tous les mois, avec une fenêtre de souscription ouverte du 1er au 15.

Le calcul que l'annonce ne fait pas

Un taux d'intérêt ne se juge jamais seul. Ce qui compte, c'est ce qu'il reste une fois retirée la hausse des prix. L'inflation annuelle malgache était de 8,6 % en juin 2026. Confrontés à ce chiffre, les trois taux ne racontent pas du tout la même histoire.

Le bon à un an rapporte 6 %. C'est 2,6 points de moins que la hausse des prix. Concrètement : vous placez 1 million d'ariary, vous récupérez 1 060 000 ariary un an plus tard. Mais ce que vous pouviez acheter 1 million en coûte désormais 1 086 000. Il vous manque 26 000 ariary pour acheter exactement la même chose. Le capital est garanti ; le pouvoir d'achat, non.

Le deux ans à 7,50 % réduit l'écart sans le combler. Seul le trois ans, à 8,70 %, dépasse l'inflation constatée — d'un dixième de point. Et cette marge minuscule est encore entamée par la fiscalité : les intérêts sont soumis à l'impôt sur les revenus de capitaux mobiliers.

Cette configuration n'a rien d'accidentel. Elle reflète la même tension que celle qui a poussé la banque centrale à relever son taux directeur à 12,50 % début août : quand les prix montent vite, l'argent prêté doit coûter cher, et l'épargne rémunérée peine à suivre.

Perdre moins n'est pas perdre

La bonne question n'est pas « est-ce que ça bat l'inflation », mais « par rapport à quoi ». Un solde qui dort sur un compte mobile money ne rapporte rien du tout : il encaisse les 8,6 % d'inflation de plein fouet. Des billets gardés à la maison, pareil. Face à zéro, 6 % change quelque chose.

Le BTF ne fait donc pas gagner de pouvoir d'achat sur les maturités courtes. Il en fait perdre moins — ce qui, dans un pays où l'essentiel de l'épargne dort en liquide ou en solde téléphonique, reste un progrès mesurable.

Comment souscrire concrètement

La souscription se fait en personne, à la Paierie Générale d'Antananarivo, à la Recette Générale d'Antananarivo ou dans les Trésoreries Générales. Un particulier doit présenter une copie certifiée de sa pièce d'identité (CIN, passeport ou carte de résident) et un justificatif de domicile de moins de trois mois — certificat de résidence, facture JIRAMA ou facture téléphonique à son nom. Un relevé bancaire est exigé au-delà du plafond légal de paiement en espèces.

Le versement peut se faire par virement, par chèque de banque ou en espèces à la caisse pour les montants inférieurs à 10 millions d'ariary. Un mois après la souscription, une lettre confirme l'ouverture du compte titre. Une lettre de rappel est envoyée un mois avant l'échéance, et le remboursement intervient à partir du 25 du mois de maturité.

Ce qu'il faut peser avant de s'engager

Le vrai arbitrage porte sur la durée. Le trois ans est la seule maturité qui tient tête à l'inflation actuelle, mais il immobilise votre argent trois ans dans une économie où les prix bougent vite. Les bons sont négociables sur un marché secondaire, ce qui ouvre une porte de sortie — pas un retrait au guichet quand vous voulez.

La question utile n'est donc pas de savoir si 6 % ou 8,70 % est un bon taux dans l'absolu. C'est de savoir de quel argent on parle. Une épargne de précaution, celle qu'on doit pouvoir sortir en urgence, n'a pas sa place sur trois ans. Un surplus dont on n'a pas besoin avant l'échéance, lui, dormait probablement à 0 % jusqu'ici.

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