Madagascar produit 100 000 tonnes de litchis. Une sur cinq seulement part à l'export.
Madagascar fournit 35 % des litchis exportés dans le monde. L'île en produit environ 100 000 tonnes par an et en vend 20 000 à l'étranger. À quelques semaines de l'ouverture de la campagne 2026, les Assises nationales de Toamasina ont listé ce qui bloque entre l'arbre et le bateau. Le calcul montre aussi ce qu'un prix officiel en hausse a réellement rapporté au producteur.

Combien de litchis Madagascar produit-il vraiment ?
Environ 100 000 tonnes par an, selon le ministère du Commerce et de la Consommation, qui a donné ce chiffre aux Assises nationales du litchi réunies à Toamasina le 23 septembre 2026. Pour la campagne 2025-2026, l'objectif d'exportation était fixé à 20 000 tonnes. Une tonne sur cinq quitte donc le pays ; les quatre autres restent sur le marché intérieur, ou sur l'arbre.
Le poids de la filière se mesure pourtant à l'échelle mondiale. Madagascar assure environ 35 % des litchis exportés dans le monde, ce qui en fait le premier exportateur devant des pays qui en produisent bien davantage. Près de 100 000 familles en vivent, pour l'essentiel dans l'Atsinanana et l'Analanjirofo, où un millier de collecteurs approvisionnent une trentaine d'exportateurs agréés. L'Europe, à elle seule, absorbe quelque 15 000 tonnes par an.
Pourquoi ne pas en exporter davantage ?
Parce que le débouché est étroit et bref. Le litchi malgache arrive en Europe pour les fêtes de fin d'année, et les acteurs de la filière le disent eux-mêmes : la capacité d'absorption des marchés internationaux reste limitée. Envoyer plus que ce que ces marchés peuvent écouler en quelques semaines ferait baisser le prix de tout le monde, d'où les quotas répartis entre exportateurs.
La contrainte est aussi physique. Un litchi non traité se dégrade en trois jours : il brunit, s'acidifie, et il est refusé à l'arrivée. Entre la cueillette et le soufrage en station, puis le chargement à Toamasina, chaque retard se paie en fruits perdus. Comme pour le riz qui s'accumule dans les greniers de l'Alaotra, le goulet ne se trouve pas dans la production, mais entre le champ et l'acheteur.
Combien le producteur a-t-il touché la saison dernière ?
Le prix de référence de la campagne 2025-2026 a été fixé à 2 150 ariary le kilo, négocié entre producteurs, collecteurs et exportateurs. Le ministère l'a présenté comme un effort majeur : ce prix a doublé par rapport à la campagne 2023-2024. Dans les faits, le kilo s'est échangé entre 2 150 et 2 500 ariary au moment de la collecte.
Le point de comparaison qui compte pour un producteur est pourtant la saison précédente. En 2024-2025, la récolte avait été divisée par deux par les pluies, et la rareté avait porté le kilo autour de 5 000 ariary. Un an plus tard, avec une récolte abondante, le même producteur a touché moins de la moitié. Le prix officiel a doublé ; ce que le producteur a encaissé a baissé de plus de 55 %.
Et ce prix de référence ne concerne que les fruits destinés à l'export. Le reste de la récolte suit le marché local : à Antananarivo, le kilo était attendu entre 1 500 et 2 000 ariary au détail en novembre 2025, soit moins que le prix de référence d'un fruit qui partira en Europe.
Qu'est-ce qui bloque entre l'arbre et le bateau ?
Le président du Groupement des exportateurs de litchi, Roland Ratsiraka, en a dressé la liste aux Assises : les redevances aéroportuaires et le coût du fret aérien, des infrastructures d'aéroport insuffisantes à Toamasina et dans les régions productrices, les embouteillages sur la RN2, les ruptures de la chaîne du froid et la lenteur des formalités douanières à Ivato, et une capacité de stockage limitée au port de Toamasina.
Le dernier obstacle est financier. Quand une cargaison arrive dégradée, est refusée ou reste impayée, l'exportateur ne peut pas rapatrier les devises attendues, et se retrouve en infraction face à une réglementation des changes qui exige ce rapatriement. Le groupement demande que l'État distingue une opération commerciale réellement en difficulté d'un manquement volontaire, par des procédures de régularisation documentées.
Le litchi malgache peut-il trouver d'autres marchés ?
Oui, mais pas rapidement. La Chine, le Canada, les États-Unis et l'Inde sont cités par la filière comme des débouchés prometteurs. Chacun exige un protocole phytosanitaire négocié d'État à État, des contrôles reconnus et une organisation commerciale fiable. Le seul signal concret à ce stade vient de l'Europe : l'audit sanitaire et phytosanitaire mené en septembre par des experts de l'Union européenne s'est conclu positivement.
Les exportateurs misent à court terme sur l'Europe, avec un label et un slogan, « Le goût de l'île trésor », sur le modèle de la vanille et du cacao. Le précédent invite à la prudence : la vanille a montré qu'une réputation mondiale ne protège pas d'un effondrement des prix. Côté américain, l'accès préférentiel dont bénéficie le textile malgache ne dispense pas le litchi du protocole sanitaire. La concurrence, elle, se renforce : La Réunion et Maurice cherchent aussi à gagner des parts de marché.
Que surveiller avant l'ouverture de la campagne 2026 ?
Le prix de référence d'abord, annoncé à l'ouverture de la campagne, qui a eu lieu le 12 novembre en 2024 et le 20 novembre en 2025. Avec une récolte à nouveau abondante, reconduire 2 150 ariary serait déjà une performance ; le fixer plus haut supposerait des débouchés que le quota ne garantit pas.
Le volume du quota ensuite, et sa répartition entre exportateurs. Le sort des recommandations des Assises enfin : elles doivent passer par une commission de suivi, puis par le Conseil de gouvernement et, le cas échéant, par le Conseil des ministres, avant de devenir la Déclaration de Toamasina. Reste une question que la campagne ne réglera pas. Un technicien du Centre technique horticole de Tamatave le résumait à l'ouverture de la dernière campagne : rien n'a été planté depuis quinze ans. La filière exporte la production d'arbres vieillissants.


