Cinq Boeing 777 ont fini en Iran avec des immatriculations malgaches. Le procès s'arrête, pas le risque pour Madagascar.
L'affaire des Boeing 777 retourne à l'instruction, sans date de procès. Il reste une question que le report ne règle pas : comment un document provisoire malgache a-t-il pu accompagner cinq avions jusqu'en Iran, et que peut coûter cette affaire à un pays qui dépend de la confiance de ses partenaires ? Voici ce qui est établi, ce qui reste contesté et ce que Madagascar risque.

Qu'est-ce que l'affaire des Boeing 777 ?
Cinq Boeing 777 d'occasion, anciens avions de Singapore Airlines, ont rejoint l'Iran en juillet 2025 avec des immatriculations provisoires malgaches. Selon l'AFP, ils figurent aujourd'hui dans la flotte de Mahan Air, une compagnie iranienne sous sanctions américaines depuis 2011.
Personne n'a été condamné à ce stade. Les personnes poursuivies restent présumées innocentes, et plusieurs contestent les accusations.
Pourquoi le procès est-il suspendu ?
Parce que le dossier retourne à l'instruction, à la demande du parquet. Après des reports au 27 octobre puis au 5 novembre, le Pôle anti-corruption annonce une suspension sans nouvelle date.
Le juge doit intégrer de nouveaux éléments, dont des rapports du Bianco et une expertise technique américaine. Il devra aussi trancher entre un tribunal correctionnel et une juridiction criminelle, comme l'évoque la partie civile.
À quoi servait l'immatriculation malgache ?
À faire voler les avions. Un appareil doit être rattaché à un pays pour traverser l'espace aérien, comme une voiture a besoin d'une plaque, et « 5R » est le préfixe de Madagascar.
L'Aviation civile de Madagascar (ACM) a délivré à UDAAN Aviation, le 17 janvier 2025, un certificat provisoire valable jusqu'au 17 avril. Il devait servir à convoyer les avions de Chine vers le Kenya pour leur maintenance.
Comment les avions sont-ils arrivés en Iran ?
Ils ne sont pas allés au Kenya. Ils ont quitté Siem Reap, au Cambodge, le 15 juillet 2025, pour plusieurs aéroports iraniens.
Entre-temps, selon l'ACM, la date d'expiration du certificat a été modifiée sans autorisation pour être portée au 12 juillet 2025. Les autorités cambodgiennes l'ont alertée le 20 juin, plus de trois semaines avant le départ.
Que dit l'aviation civile malgache ?
Elle se présente comme victime d'une fraude. Elle rappelle que les avions n'ont jamais atterri à Madagascar, qu'une simple réservation de préfixe ne vaut pas immatriculation, et elle a porté plainte pour faux et usage de faux.
Le parquet voit les choses autrement sur un point : il estime que 13 autres agents de l'ACM seraient impliqués. Sa nouvelle direction a elle-même déposé des plaintes.
Qui est poursuivi dans cette affaire ?
Selon les derniers décomptes de presse, 38 personnes, un chiffre qui a varié au fil de la procédure. On y trouve d'anciens responsables publics, dont un ancien ministre des Transports et un ancien président du Sénat, ainsi que des hommes d'affaires.
Une partie des prévenus est détenue depuis plus d'un an, et la défense juge cette détention illégale. Air Journal rapporte qu'un détenu est mort en prison avant d'être jugé.
Combien d'argent a circulé ?
Aucun montant n'est établi. Un prévenu aurait évoqué devant les enquêteurs cinq millions d'euros, soit environ 25 milliards d'ariary, selon l'acte d'accusation consulté par l'AFP, mais la défense de l'intéressé conteste cette version.
Le contraste frappe pourtant. Air Journal relève qu'une société Udaan Potentials a été créée à Antananarivo en 2023 avec 2 millions d'ariary de capital, moins de 400 euros, et aucune source ne dit ce que l'État a perçu sur ces certificats.
Que risque Madagascar ?
Une perte de crédibilité d'abord, des sanctions peut-être. Le directeur général de l'ACM a lui-même évoqué un risque de sanctions internationales, et une surveillance renforcée de l'Organisation de l'aviation civile internationale a été citée dès juillet 2025.
Aucune sanction visant Madagascar n'a été annoncée à ce jour. Le dossier reste toutefois sensible à Washington : l'enquête a impliqué le FBI, selon la presse, et les pièces attendues des États-Unis font partie de ce qui manque au dossier.
Pourquoi cette affaire vous concerne-t-elle ?
Parce qu'un registre d'avions fonctionne sur la confiance. Quand un pays perd la confiance de ses partenaires, ce sont ses compagnies et ses passagers qui en paient le prix, au moment où Air Madagascar tente de repartir.
Le pays a aussi besoin de Washington pour ses exportations, avec l'AGOA prolongé jusqu'en 2028. Sans date de procès, Madagascar devra vivre encore longtemps avec une question ouverte : comment un papier de trois mois a-t-il pu servir à cinq avions jusqu'en Iran ?


