Macro & politique monétaire

Le tourisme malgache a-t-il reculé de 8 % ou progressé de 1 % ? Les deux chiffres viennent de l'État.

Le 24 août, l'Institut national de la statistique annonçait un tourisme malgache en recul de 7,9 %. Le 27, le ministère du Tourisme publie un correctif : le premier semestre est en réalité stable, légèrement positif. Ce que cet écart révèle, et pourquoi il compte au-delà du tourisme.

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Panneau des arrivées internationales à l'aéroport d'Antananarivo
Photo : VisitingMadagascar / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0

Que disait le chiffre initial de l'Instat ?

Le 24 août, l'Institut national de la statistique (Instat) annonçait, dans son tableau de bord économique, un recul de 7,9 % des arrivées de visiteurs non-résidents au premier semestre 2026 : 80 342 arrivées entre janvier et juin, contre 87 190 sur la même période en 2025. Un chiffre repris tel quel, présenté comme confirmant un ralentissement du tourisme en ce début d'année.

Qu'est-ce qui a changé trois jours plus tard ?

Le 27 août, le ministère du Tourisme et de l'Artisanat publie un correctif. Selon sa secrétaire générale, Arilala Léa Razanamaria, le premier semestre 2026 compte en réalité 151 532 arrivées internationales, toutes catégories confondues, contre 150 757 sur la même période en 2025 — et non un recul de 7,9 %.

Comment un institut de statistiques se trompe-t-il à ce point ?

Le ministère l'explique par une confusion de périmètre : les chiffres correspondant à une partie seulement de l'année auraient été retenus pour représenter la performance du semestre entier. Ce n'est donc pas un désaccord de méthode entre deux institutions, ni une révision à la marge : c'est un sous-comptage qui a fait passer une hausse pour un recul. Le communiqué du ministère avance d'ailleurs lui-même une hausse de « 0,75 % », alors que le calcul strict entre 151 532 et 150 757 donne plutôt +0,51 % — un écart mineur, mais qui montre qu'un chiffre officiel corrigé n'est pas forcément arrondi au centième près.

Le nouveau chiffre est-il vraiment une bonne nouvelle pour le secteur ?

À peine. Une progression de 0,75 %, le ministère le reconnaît lui-même, reste un niveau qu'il juge encore faible. La bonne nouvelle n'est pas que le tourisme malgache se porte bien : c'est qu'il ne s'est pas dégradé. La différence entre les deux lectures n'est pas cosmétique pour autant, elle change complètement le diagnostic porté sur le secteur.

Pourquoi ce chiffre compte-t-il au-delà du tourisme ?

Parce que les arrivées touristiques ne sont pas qu'un indicateur de fréquentation : elles conditionnent des recettes en devises étrangères, dont le pays a un besoin direct pour ses importations et la stabilité de sa monnaie. Un secteur qu'on croit en recul de 7,9 % et un secteur globalement stable n'appellent pas la même réponse des pouvoirs publics, ni la même lecture des comptes extérieurs du pays.

C'est précisément ce que rappelle un autre chiffre publié la même semaine : les recettes touristiques comptent parmi les sources qui ont alimenté la remontée des réserves de change de la Banque centrale — un chiffre qui, lui, n'a pas eu besoin d'être corrigé.

Cet incident est-il isolé ?

Rien ne permet de l'affirmer, et rien ne permet non plus de le généraliser. Ce qu'on peut dire, c'est que la statistique publique malgache repose sur un nombre restreint d'institutions produisant des données à fort enjeu, et qu'une erreur de ce type — corrigée en trois jours, publiquement, avec la source du problème identifiée — vaut mieux qu'une erreur non corrigée. Le vrai test n'est pas l'absence d'erreur, c'est la rapidité et la transparence de la correction.

Qui a raison, au final ?

Le ministère du Tourisme, sur ce chiffre précis, puisqu'il a produit le correctif et l'a assumé sous le nom de sa secrétaire générale. Ce n'est pas un désaveu de l'Instat en général : c'est la correction d'un chiffre en particulier, par l'institution la mieux placée pour vérifier son propre secteur.

Que faut-il retenir avant de citer une statistique économique malgache ?

Qu'un chiffre officiel publié un jour peut être corrigé le surlendemain, parfois dans une direction opposée. Ce n'est pas une raison pour se méfier de toute donnée publique malgache : c'est une raison de vérifier la date et la source exacte d'un chiffre avant de construire un raisonnement dessus — surtout quand ce raisonnement porte sur un secteur qui pèse sur l'emploi et les devises du pays.

Cette prudence s'applique aussi aux prévisions : les projections de croissance 2026 elles-mêmes divergent de plusieurs points entre institutions, sans qu'aucune des deux ne soit à proprement parler « fausse » — un rappel que la donnée économique malgache mérite d'être lue avec sa source toujours à côté.

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