20 tonnes d'or produites chaque année à Madagascar. La Banque centrale en garde une.
Depuis le 24 août, les exploitants aurifères à engins lourds peuvent enfin régulariser leur situation — après seize ans sans le moindre permis délivré. Ce que cette annonce révèle sur une richesse nationale qui échappe presque entièrement à l'État, au moment précis où celui-ci en a besoin.

Que vient de changer pour les exploitants aurifères à engins lourds ?
Depuis le 24 août 2026, les exploitants qui utilisent des engins lourds pour extraire de l'or peuvent engager une procédure de régularisation auprès de l'État. Une convention doit fixer les conditions d'exploitation, accompagnée d'un cahier des charges et d'obligations de responsabilité sociétale. Le ministère des Mines précise que les contrôles se poursuivent en parallèle : ceux qui persistent en dehors du cadre légal restent exposés aux sanctions prévues.
Depuis quand ces exploitations sont-elles hors-la-loi ?
Depuis plus de seize ans. Le ministère des Mines l'écrit lui-même dans son communiqué : aucun permis d'exploitation aurifère n'a été délivré depuis plus de seize ans, alors que l'extraction à l'aide d'engins lourds s'est poursuivie sans interruption dans plusieurs régions du pays, malgré des opérations de contrôle répétées. Une activité industrielle entière a donc grandi entièrement hors du cadre que l'État est censé lui imposer.
Combien d'or Madagascar produit-il réellement chaque année ?
Vingt tonnes, selon le gouverneur de la Banque centrale, Aivo Andrianarivelo, cité par le Financial Times début janvier 2026. Ce n'est pas une donnée de douane : c'est l'estimation de l'institution qui essaie justement de mettre la main sur cette production, faute de la voir passer par ses propres circuits.
Où part cet or, si l'État n'en voit presque rien ?
Selon le gouverneur, presque aucune de ces vingt tonnes n'apparaît dans les registres de commerce officiels. Le Financial Times évoque des réseaux qui utilisent avions et hélicoptères pour l'exporter hors des circuits déclarés — une logistique qui suppose une organisation dépassant largement l'artisanat individuel évoqué dans les communiqués du ministère.
Combien vaut cet or au prix d'aujourd'hui ?
Environ 2,8 milliards de dollars par an, au cours actuel. L'once d'or a franchi les 4 300 dollars en 2025, un record historique, porté notamment par des banques centrales du monde entier qui achètent pour diversifier leurs réserves face aux tensions monétaires.
Cette ruée mondiale sur l'or n'est pas sans lien avec la constitution récente des réserves de change de la BFM, où l'or occupe une place croissante à côté des devises.
Pourquoi la Banque centrale s'intéresse-t-elle autant à cet or ?
Parce qu'elle en détient très peu. La BFM ne possède qu'une tonne d'or en réserve propre, pour un objectif annoncé de quatre tonnes, atteint en achetant directement aux exploitants artisanaux plutôt qu'en laissant leur production filer à l'étranger. Cet objectif est resté inchangé même après l'arrivée d'un nouveau gouvernement en octobre 2025 — signe qu'il dépasse les clivages politiques du moment.
Chaque gramme d'or qui échappe à la Banque centrale est un gramme de devises qui ne vient pas soutenir l'ariary — au moment même où sa faiblesse pèse directement sur le pouvoir d'achat des ménages.
Que risquent les exploitants qui refusent de se régulariser ?
Le ministère des Mines est explicite : ceux qui persistent à enfreindre volontairement les règles s'exposent à des sanctions pouvant aller jusqu'au retrait des autorisations et à la saisie des équipements. Une mission récente à Mananjary, menée avec la Police des Mines, a permis de constater la poursuite d'activités non autorisées malgré les contrôles en cours.
Cette régularisation va-t-elle vraiment changer quelque chose ?
Rien ne le garantit. Seize ans de contrôles n'ont pas empêché l'exploitation illégale de se poursuivre ; une convention administrative de plus ne suffira pas si elle reste sans application réelle sur le terrain. Ce que cette annonce change, en revanche, c'est le choix affiché : intégrer une partie de cette production plutôt que seulement la réprimer, au moment précis où l'État a besoin de cet or pour ses propres réserves.
L'or n'est pas la seule richesse du sous-sol et des terroirs malgaches à échapper largement à l'État : la filière vanille traverse elle aussi une passe où le prix mondial ne profite guère au planteur, pour des raisons différentes mais avec un résultat comparable : l'essentiel de la valeur se forme ailleurs que sur place.


