Votre billet de 20 000 ariary pourrait devenir un billet de 200. Vous ne perdriez rien, en théorie.
Depuis le printemps, la Banque centrale de Madagascar consulte la population sur une réforme des billets. L'une des pistes consiste à enlever deux zéros à tous les montants. Une autre ferait disparaître le billet que les Malgaches utilisent le plus. Aucune décision n'a été prise, mais la question mérite d'être comprise avant qu'elle ne le soit.

Que se passerait-il si on enlevait deux zéros à l'ariary ?
Tous les montants seraient divisés par cent, le même jour. Le billet de 20 000 deviendrait un billet de 200, et le kilo de riz à 3 000 ariary passerait à 30.
Les salaires suivraient la même règle : le salaire minimum de 315 000 ariary deviendrait 3 150. Les comptes, les dettes et l'épargne aussi.
Ce qu'un salaire permet d'acheter ne changerait donc pas. Seul le nombre de zéros sur les étiquettes bougerait.
Pourquoi la Banque centrale y pense-t-elle ?
Parce qu'un seul billet porte presque tout l'argent liquide du pays. Selon la Banque centrale, le billet de 20 000 représentait 71,8 % de la monnaie en circulation en 2025, en valeur.
La plus grosse coupure vaut pourtant à peine 4,65 dollars au cours actuel. C'est la trace des années où l'ariary a perdu de sa valeur : il faut des liasses pour payer ce qui coûtait autrefois quelques billets.
Les billets s'usent vite, aussi. La Banque centrale estime leur durée de vie à environ six mois, contre une dizaine d'années pour une pièce, qu'elle voudrait remettre en usage.
Quels scénarios sont sur la table ?
Trois pistes ont été mises en discussion. Enlever deux zéros ; plafonner la plus grosse coupure à 1 000 unités, ce qui ferait disparaître les billets de 2 000 à 20 000 ; ou garder le système actuel en ajoutant des billets de 50 000 ou 100 000.
Le gouverneur Aivo Andrianarivelo l'a répété : la consultation ne vaut pas décision. Une réforme, si elle était retenue, demanderait environ deux ans de mise en œuvre.
Il a aussi précisé son objet. Une réforme des billets sert à simplifier l'usage quotidien de l'argent, pas à corriger l'économie.
Est-ce que je perdrais de l'argent ?
Sur le papier, non. Une épargne de 2 millions d'ariary deviendrait 20 000 nouvelles unités, et elle achèterait exactement la même chose.
Le vrai risque est ailleurs : dans les arrondis. Un article à 2 450 ariary deviendrait 24,50, et il est tentant pour un vendeur d'afficher 25.
C'est la crainte la plus souvent exprimée pendant les consultations. Multipliés sur des milliers d'achats, ces petits arrondis deviendraient de l'inflation, sans que rien d'autre ait changé.
Madagascar a-t-il déjà changé d'unité monétaire ?
Oui, en 2003. L'ariary a remplacé le franc malgache, au taux d'un ariary pour cinq francs.
Plus de vingt ans après, beaucoup de Malgaches comptent encore en francs, y compris parmi les plus jeunes. Un changement d'unité s'installe dans les portefeuilles bien avant de s'installer dans les têtes.
D'autres pays l'ont-ils fait ?
Le Ghana, en 2007, a retiré quatre zéros : 10 000 anciens cedis sont devenus un nouveau cedi. Sa plus grosse coupure valait alors environ deux dollars, une situation proche de celle du billet de 20 000 ariary aujourd'hui.
La conversion a simplifié les prix et la comptabilité. Elle a aussi fait apparaître des prix en petites fractions, de deux ou trois centimes, qu'il a fallu apprendre à rendre en monnaie.
Faut-il faire quelque chose dès maintenant ?
Non. Aucune décision n'est publiée, vos billets restent valables et votre épargne n'est pas touchée.
Méfiez-vous en revanche de quiconque proposerait d'échanger vos billets « avant qu'il soit trop tard ». Les arnaques prospèrent sur ce genre de rumeur ; seule une annonce officielle de la Banque centrale fera foi.


