Épargne & finance du quotidien

Retraite des indépendants à Madagascar : la réforme promise, et ce qui existe déjà

La retraite des travailleurs indépendants à Madagascar repose sur une promesse : celle d'une réforme annoncée fin 2023, toujours pas votée. Pendant ce temps, plus de huit actifs sur dix cotisent à zéro caisse et n'ouvriront aucun droit à pension. L'écart entre l'annonce et le terrain mérite d'être regardé de près.

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Rue d'Antananarivo devant le ministère de l'Économie et des Finances, avec taxis et taxi-moto

Qui a vraiment droit à une pension à Madagascar ?

Le droit à une pension de retraite à Madagascar est aujourd'hui réservé aux salariés déclarés à la CNaPS. Trois conditions doivent être réunies : avoir 60 ans, quinze années d'affiliation, et vingt-huit trimestres cotisés dans les dix années qui précèdent le départ. Un travailleur indépendant ne peut remplir aucune de ces conditions, pour une raison simple : il n'a aujourd'hui aucun moyen légal de cotiser.

La caisse compte 800 000 travailleurs formels inscrits. Rapporté aux quelque 32 millions d'habitants du pays, cela représente moins de 3 % de la population. L'INSTAT estime par ailleurs que plus de 80 % de la population active exerce dans le secteur informel.

Derrière ces pourcentages, il y a des métiers précis. Le maçon payé à la journée, la commerçante du marché, le chauffeur de taxi-moto, le pêcheur, le tireur de pousse-pousse : aucun n'a de droit ouvert. Leur retraite dépendra de leurs enfants, de leur épargne personnelle, ou de rien du tout.

La réforme annoncée fin 2023 : où en est-elle ?

Le Conseil de Gouvernement a approuvé une feuille de route pour étendre la protection sociale aux travailleurs non-salariés en décembre 2023. La CNaPS et le ministère du Travail ont tenu un atelier d'information à Ampefiloha le 7 février 2024. La région du Vakinankaratra a été retenue comme zone pilote avant toute généralisation.

Sur le papier, le partage est net. La santé reviendrait aux mutuelles, la retraite, l'invalidité et le décès à la CNaPS. La cotisation serait assise sur un revenu déclaré par le travailleur lui-même. Les métiers visés ont été nommés : commerçants, pêcheurs, maçons, transporteurs, chauffeurs de taxi-moto, artistes et sportifs.

Le ministère visait à boucler la réforme du code de protection sociale en 2025. Mi-2026, les textes ne sont toujours pas votés. Aucune date d'ouverture des adhésions n'a été communiquée, aucun montant de cotisation n'a été rendu public. La ministre Hanitra Razakaboana avait indiqué que des visites de terrain précéderaient la mise en œuvre.

Le premier obstacle ne sera pas financier, il sera informationnel

Un dispositif annoncé en atelier institutionnel ne devient pas une réalité de terrain. Les communiqués circulent entre ministères, caisses et partenaires techniques. Ils ne descendent ni sur les marchés, ni dans les coopératives, ni aux stations de taxi-moto.

Un travailleur informel n'a aucune raison de consulter le portail d'une caisse à laquelle il n'est pas affilié. La méconnaissance du dispositif sera le principal frein à son adoption, avant même la question du tarif. Un régime que personne ne sait exister ne produit aucune adhésion, quel que soit son prix.

Ce point mérite d'être suivi au moment du vote. Le succès du futur régime se jouera moins sur le taux de cotisation retenu que sur la capacité de l'État à porter l'information là où travaillent réellement les gens concernés.

Que devient l'argent de celui qui a cotisé sans atteindre le seuil ?

Le salarié qui n'atteint ni les quinze années d'affiliation ni les vingt-huit trimestres requis ne touche aucune pension. Il récupère ses cotisations, majorées de 2 % d'intérêts capitalisés par an. C'est un remboursement, pas un revenu à vie.

Cette situation concerne beaucoup plus de monde qu'on ne l'imagine. Les carrières mixtes sont la norme à Madagascar : quelques années dans une entreprise déclarée, puis un retour à l'activité indépendante. Chaque passage par le secteur formel laisse des cotisations derrière lui, sans ouvrir pour autant un droit à pension.

La règle a une conséquence directe. Les années déclarées ne disparaissent jamais, elles ne se transforment en pension qu'au-delà du seuil. Faire une fois le calcul de sa pension avec son propre salaire et ses années cotisées prend dix minutes, et évite de découvrir le problème à 59 ans.

Ce qui existe déjà, sans attendre le vote

Le Bon de Trésor Fihary est accessible dès 1 million d'ariary. Son taux moyen pondéré s'établit à 13,01 %, contre 8,57 % pour le Bon de Trésor par adjudication, réservé aux souscriptions de 20 millions d'ariary et plus. Il s'agit d'un titre d'État, pas d'une promesse de rendement hors norme.

Le repère utile reste l'inflation, projetée autour de 9 % pour 2026. Un placement à 13 % conserve environ quatre points de pouvoir d'achat par an. Un billet gardé chez soi en perd neuf, sans que personne ne vienne le prendre — c'est tout le mécanisme silencieux de l'inflation.

Une retraite d'indépendant se construit donc aujourd'hui sans caisse, par accumulation personnelle. L'ordre compte : d'abord le matelas de sécurité à garder disponible, ensuite le choix de l'endroit où le reste de l'argent travaille.

La réforme, le jour où elle passera, viendra s'ajouter à cette épargne. Elle ne la remplacera pas, et elle ne rattrapera pas le temps écoulé. Les années qui séparent l'annonce du vote sont des années perdues pour ceux qui les attendent sans rien mettre de côté.

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