Diaspora

Chine-Madagascar : les droits de douane tombent, le déséquilibre reste

Pendant que Washington renchérit l'entrée de ses marchandises, Pékin fait l'inverse et ouvre son marché en grand aux produits africains. La nouvelle a été accueillie à Antananarivo comme une opportunité majeure. Elle en est une — à condition de regarder ce que Madagascar est réellement capable d'expédier, et dans quelles quantités.

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Porte-conteneurs MSC à quai dans le port d'Antsiranana, à Madagascar
Photo : HoneyGaLe / Wikimedia Commons — CC BY-SA 3.0

Qu'est-ce que la Chine a réellement supprimé ?

Depuis le 1er mai 2026, Pékin applique un régime de droits de douane nuls à l'ensemble des pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques. Madagascar en fait partie. Concrètement, un produit malgache entrant sur le marché chinois n'acquitte plus de droit à l'importation, quelle que soit sa catégorie. La mesure est unilatérale : elle n'a pas été négociée en contrepartie d'une ouverture équivalente du marché malgache, et peut donc être ajustée ou retirée par la Chine seule, sans préavis négocié.

Le geste s'inscrit dans une stratégie continentale de long terme, pas dans une faveur accordée à Madagascar en particulier. Il intervient au moment où les échanges commerciaux mondiaux se fragmentent en blocs, chaque grande puissance cherchant à sécuriser ses approvisionnements et ses débouchés. Pour un pays exportateur de matières premières agricoles et minières, être exempté de droits sur l'un des premiers marchés de consommation mondiaux constitue, sur le papier, un avantage considérable. Encore faut-il que l'avantage se traduise en conteneurs expédiés.

Pourquoi un droit de douane nul ne suffit pas

Un droit de douane supprimé ne crée pas d'offre. Il enlève un obstacle à des marchandises qui existent déjà et qui trouvent preneur. Or l'exportation vers la Chine suppose des volumes réguliers, une qualité constante, une traçabilité documentée et une logistique capable de tenir des délais contractuels. Ce sont ces conditions, et non les droits de douane, qui bloquent aujourd'hui la plupart des filières malgaches. Une exonération n'aide donc que ceux qui étaient déjà en mesure d'exporter, et laisse les autres exactement là où ils étaient.

La comparaison avec le dossier américain est instructive. Face aux droits de douane imposés par Washington, le textile malgache perd une compétitivité qu'il avait déjà construite : l'outil industriel existe, c'est le prix rendu qui se dégrade. Côté chinois, la situation est exactement inverse : le prix d'entrée devient imbattable, mais l'appareil productif capable d'en profiter reste largement à bâtir. Supprimer une taxe se décide en un jour ; construire une filière exportatrice demande des années d'investissement, d'apprentissage et de relations commerciales patiemment nouées.

Un déséquilibre de un à quatre

Les chiffres cadrent le débat. En 2024, les échanges bilatéraux ont atteint environ 1,68 milliard de dollars. Sur ce total, Madagascar a importé pour 1,19 milliard de dollars de produits chinois et n'en a exporté que pour 268 millions. Le rapport est de plus de quatre pour un en faveur de la Chine. Selon l'ambassade de Chine à Antananarivo, les exportations malgaches vers son marché dépassent les 200 millions de dollars par an depuis trois ans, ce qui traduit une stabilité plus qu'une dynamique.

Ce déséquilibre pèse directement sur les réserves de change du pays. Chaque conteneur importé se paie en devises, tandis que les recettes d'exportation restent limitées et concentrées sur quelques produits très sensibles aux cours mondiaux, comme la vanille ou le girofle. Cette asymétrie alimente la pression sur l'Ariary, un mécanisme que nous détaillons dans notre analyse du taux de change. Une exonération douanière chinoise n'y change rien tant que les volumes exportés ne progressent pas franchement : la porte est ouverte, le camion reste à charger.

Doubler les exportations en cinq ans : objectif tenable ?

La Chambre de commerce Chine-Madagascar affiche un objectif clair : doubler les exportations malgaches vers la Chine en cinq ans, pour atteindre 400 millions de dollars. L'ambition n'a rien d'absurde au regard de la taille du marché visé. Elle suppose toutefois de passer d'environ 268 millions à 400 millions, soit près de 50 % de croissance, dans des filières qui stagnent autour de 200 millions depuis trois ans. L'écart entre la tendance observée et l'objectif affiché reste donc considérable, et aucune exonération ne le comblera seule.

Les leviers évoqués côté chinois sont l'implantation d'usines et l'augmentation des volumes de produits agricoles importés. Ces deux pistes se tiennent économiquement, mais elles engagent des questions rarement posées publiquement : quelle part de la valeur ajoutée reste au pays si la transformation est réalisée par des capitaux étrangers, et selon quelles conditions d'accès aux ressources naturelles. Un rapport cité par l'Agence Ecofin a déjà pointé le poids d'acteurs chinois dans l'exploitation non déclarée de ressources malgaches. Ouvrir un marché et céder l'accès aux ressources sont deux négociations distinctes.

Ce qu'il faut surveiller

Trois indicateurs diront si l'exonération produit un effet réel. Le premier est la valeur des exportations malgaches vers la Chine sur l'exercice 2026, à comparer aux 268 millions de dollars de 2024 : c'est le seul juge de paix. Le deuxième est leur composition — un progrès porté par des produits transformés vaut davantage qu'une hausse de matières premières brutes, car il crée des emplois localement. Le troisième est le solde bilatéral, qui dira si l'écart de quatre pour un se resserre ou non.

Pour une PME malgache, l'enjeu est bien plus immédiat que ces agrégats macroéconomiques. L'exonération abaisse le coût d'entrée sur un marché immense, mais elle ne remplace ni un acheteur identifié, ni des certifications sanitaires, ni une capacité de production régulière tout au long de l'année. Ces prérequis relèvent de la préparation d'entreprise, pas de la diplomatie, et ils se construisent bien avant l'ouverture d'un marché. Le rapprochement politique ouvre une porte ; il ne dit rien de ce que l'on a à vendre au moment de la franchir.

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